l'épopée télévisuelle 4

Je crois sincèrement que nous sommes arrivés à la fin du système né de l'ORTF, celui des grandes chaînes généralistes (TF1 va manquer d'argent avant peu, France 2 faux service public, est elle aussi désargentée... etc)…
Pour moi, la télévision telle qu’elle a été inventée est sur sa fin. Le tube cathodique a de beaux jours devant lui, mais le poste de télévision, avec son cérémonial rassurant, ses personnages récurrents, ses programmes classés par genres, ses chaînes et leurs styles reconnaissables, tout ça est sur la fin. Une autre ère commence, celle du multi média, c’est un bouillonnement dont personne n’est en mesure de dire sur quoi il débouchera… s’il devait il y avoir une stabilité nouvelle qu’elle serait-elle ?… On ne peut savoir. En tout cas la télévision instrument de culture d’information et de divertissement, c’est fini.
Mais je ne veux pas verser dans la nostalgie… Le changement est bien normal, l’évolution des mœurs, les avancées technologiques, l’internationalisation des outils de communication… le progrès ? Nous y avons goûté au progrès, ne serait-ce qu’avec la vidéo et ses bandes magnétiques de deux pouces lourdes à s’en arracher les bras, puis d’un pouce quel miracle déjà, le BVU et le Béta, une cassette qui tenait dans la main avec une émission de 90’, puis les numériques et à présent les VHS et mieux les DV et bientôt les mémoires de masse sans disque … Et les caméras (des millions de francs, des objectifs de 40 kilos) qu’il fallait régler tube par tube pendant des heures et qui se déréglaient au moindre choc… Ceux qui les réglaient s’appelaient "ingénieurs de la vision" et avaient une formation en conséquence … Aujourd’hui il n’est nul besoin de savoir comment ça marche : ça marche, ou l’on en prend une autre… D’où là aussi des raisons d’irrespect, on a banalisé l’instrument, on dit démocratisé, mais en fait on a petit à petit fait perdre conscience de la magie de ces instruments. Moi qui suis né avant la télévision, je ne me suis jamais habitué au miracle de cette image qui traverse les murs et pénètre chez les citoyens par le seul prodige d’une vibration électrique de cinquante périodes. Je reste admiratif comme au premier jour pour cette technologie extraordinaire, qui a donné à l’homme sans presque qu’il ne s’en aperçoive un instrument capable de le faire voyager dans le temps et dans l’espace. D’ailleurs Jules Verne avait un peu imaginé cela dans ces instruments de fiction. Je reste admiratif et respectueux pour l’instrument et les hommes qui l’ont inventé.
Athée, je ne prie pas pour obtenir ce qui n’est pas, je remercie l’homme pour son géni d’invention.
Mais quelle est la vraie raison des progrès technologiques ? Le premier moteur de cette imagination fertile est certainement de rendre le monde meilleur en nous simplifiant au maximum les taches ordinaires. Et puis le plaisir d’inventer de repousser les limites de l’impossible, un sens de la poésie avant celui des réalités… Mais les réalités ont vite repris les commandes et les raisons essentielles du progrès en tout genre sont aujourd’hui dictées par la recherche du rendement maximum. D’ailleurs on n'a jamais rendu le temps gagné par ces nouvelles technologies aux travailleurs, pas même une petite partie, … mais ceci est une autre question, politique celle-là … encore que quand on parle télévision, on ne peut éviter de parler politique… politique culturelle… de l’éducation… de l’information… du civisme…. de la moralité…. Que des mots qui nous valent railleries quand on les prononce aujourd’hui.À force de lâcheté devant ses moqueries, le sens de ces mots essentiels disparaît de la mémoire collective…
Ainsi parce que les choses de télévision sont devenues plus faciles, les technologies plus légères, plus intuitives, moins onéreuses, l’habitude a envahi les cœurs et les esprits au point de les endormir et de laisser un lent décalage s’opérer, que je crois décadent.
Le décalage. D’abord les directions, nous avons eu des hommes de lettre, des historiens, de grands administrateurs, de grands journalistes. Tous au début avaient de fortes personnalités dans l’un de ces domaines avec une vision très personnelle et parfois combattue de cet instrument télévision dont ils avaient la charge. Au moins imprimaient-ils leur marque pendant les quelques années de leur mandat. Ils installaient une nouvelle équipe avec de nouvelles ambitions et de nouvelles compétences bien venues et incompétences inévitables. Ces gens là savaient malgré tout qu’ils devaient s’appuyer sur les saltimbanques que nous étions pour marquer leur territoire. Il y avait une sorte de solidarité par la force des choses, une association vitale qui nous faisait cohabiter plutôt mieux que mal. Pourtant même à cette époque-là je n’ai jamais réellement senti un sentiment d’entreprise au sein de la grosse machine dont j’étais l’un des rouages.
à suivre...
(l'épopée télévisuelle 5)
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