Une fable qui n’en est pas une.

Le poste de télévision est devenu, à force d’habitudes, un objet familier qui vit presque de façon autonome au sein de la famille.
Ainsi, il est allumé et le reste dans bien des familles, aussitôt le lever jusqu’à tard dans la nuit, lorsque le dernier debout finit par rendre la nuit à la demeure.
Nous ne faisons plus guère attention à sa présence pourtant active et généreuse dans sa production de sensations, plus ou moins conscientes. Elle est inscrite dans l'espace vital comme un être supplémentaire vivant au sein de la famille.
À la fois, père, mère ou frère, ou sœur. À la fois, ami ou ennemi, inconnu ou familier, voisin ou étranger... Cet être à la présence permanente, change sans que nous en ayons tout à fait conscience, instantanément d’état et de propos, d’où une certaine violence dans les effets qu’il produit. Nous ne l’écoutons, ou ne le regardons, que d’un œil et une oreille qui semblent le plus souvent distraits, mais qui savent choisir, menés par un cerveau assez badaud, ce qui impressionne ou étonne la part d'enfance qui est en nous.
Et ce qui impressionne et étonne est souvent tinté de catastrophe, de sang et de mort.
Je suis grand-père, et reçois chez moi au cours de l’été, mes petits enfants en vagues successives. Epreuve charmante que celle-là, où chacun des deux acteurs (enfant et grand-père) attend de l’autre qu’il joue son rôle rafraîchissant, en regard avec la vie qui est habituellement la sienne. Nous nous apprenons réciproquement les choses qui nous importent, eux les jeunes leur course dans la modernité, nous les anciens notre rapport avec l’infiniment petit et les détails qui font l’univers. Au milieu de tout cela, la télévision ici aussi vit sa vie et échappe, malgré que nous en soyons prévenu, à notre vigilance.
Le soir, bien que je sache déjà à cette heure, à peu de choses près, ce que je vais y voir et entendre, je « jette un œil » sur le journal télévisé. Catastrophe, sur catastrophe, avions écrasés, incendies d’été encore et partout, ailleurs mais pas très loin, ce sont les inondations et leurs images de désolation, puis les attentats, les cérémonies d’hommages aux morts d’un accident d’avion… litanies sans fin d’images terrifiantes et de désespérantes nouvelles. Ma petite fille de neuf ans qui aime être le plus possible à mes côtés et partager ce que je regarde, s’est assise là et assimile de ses grands yeux vifs, ce spectacle qui lui est donné à elle aussi, sans la moindre précaution. C’est son départ soudain qui me fait prendre conscience des choses, Je la retrouve blanche et défaite dans la pièce d’à côté. Ses yeux à présent n’engrangent plus les réponses à ses questions, mais crient la peur que ce qu’ils viennent de voir lui a inspirée. Elle me dit : "j’ai peur que mes parents meurent"…
Et les sanglots longs et émouvant des gens qui ne jouent pas la comédie l'ont emporté sur les mots pendant de longues minutes.
Un peu plus tard, la vie a repris son cours, les joues pâles sont redevenues roses, les yeux séchés et à nouveau brillants de curiosité. Le poste de télévision éteint pour faute grave, nous avons passé un pacte, nous ne regarderons plus le journal télévisé le soir en présence de ma petite fille.
Les coccinelles et les papillons c’est si joli, même si ça fait parfois un peu peur aussi…
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