Lijiang, la Venise de l'Orient (Chine 7)

Le taxi nous a emportés sans encombre jusqu'à l'aéroport de Kunming, imbriqués entre nos bagages telle une compression de César, mais heureux d'être ensemble et déjà excités par les découvertes à venir.
En route pour Lijiang!
Les choses ont changé depuis hier (jour de notre arrivée en Chine) dans le grand Hall des départs. L'espace d'accueil hier assez vide est aujourd'hui encombré par une foule de Chinois en vacances. Ce sont les fêtes du nouvel an Chinois qui se préparent et beaucoup de gens se déplacent à cette époque, pour faire les emplettes rituelles et passer un peu de temps en famille. D'ailleurs de nombreux présentoirs hâtivement installés transforment quelque peu l'espace public du grand hall en un marché pour gens pressés. Difficile de trouver le guichet d'enregistrement dans ce grand désordre bruyant. D'autant que les tableaux lumineux d'information donnent en Chinois, puis en Anglais, des informations approximatives, ou fausses semble-t-il à nos yeux d'étrangers. Une employée en tenue d'hôtesse surgit tout à coup par miracle, alors que nous faisions la queue à un guichet d’enregistrement que nous pensions être le bon et nous entraîne après avoir jeté un bref coup d'œil à nos billets vers la bonne file. Longtemps nous nous sommes demandé ce qui avait bien pu attirer l'attention de cette employée à notre égard. Nous étions à cet instant, les quelques très rares européens présents dans le hall et sans doute mène-t-on ici, une chasse naturelle à ces "gens venus d'ailleurs" qui ne semblent pas savoir où ils vont. Je me demande s'il existe une telle attention dans nos aéroports Français pour les étrangers égarés. Mais ne soyons pas négatifs, je ne l'ai peut-être pas remarqué en France parce que je suis Français.
Avant notre départ pour ce voyage, j'avais jeté un coup d'œil sur les prévisions météorologiques pour les différentes régions que nous allions visiter. L'optimisme n'était pas de rigueur, sur sept jours à venir la pluie mêlée de neige nous était promise et aucune amélioration en perspective. Ces prévisions se sont révélées diaboliquement exactes!
Trois-quarts d'heure d'avion sur la China Eastern (billets retenus en France). Lijiang est à 400 kms environ au Nord Ouest de Kunming. Atterrissage sur une piste encaissée entre deux montagnes, le tout par une pluie battante. J'ai une pensée reconnaissante pour la providence et le talent du pilote qui nous posent sans encombre sur cette terre perdue entre les lambeaux de nuages et les sommets élevés, que l'on devine assez proches.
Lors de la préparation de ce voyage, nous avons prévu de passer notre deuxième nuit en Chine ainsi que la suivante dans un hôtel de la vieille ville de Lijiang, repéré par Claude P sur ses guides, mais non retenu: le "Swiss snow Inn".

Dès les premiers pas de cette nouvelle étape, nous allons vérifier que même s'il est indispensable de prévoir pour ne pas être pris de court lors d'un voyage de ce genre, il est encore plus vital de s'adapter aux circonstances offertes. La région est extrêmement touristique, ce qui veut dire que les habitants sont plus "malins" que la majorité des Chinois, qui pourtant le sont déjà très (malins).
Nous prenons sans encombre, cette fois encore, un taxi à notre arrivée. Empilages comiques et à présent récurrents, échanges de mots en chinois (par Claude) avec le "Chauffeur Femme". Elle nous dit appartenir à l'ethnie des "Naxi" (cliquez sur le mot pour plus d'explications). Elle est jeune et souriante ce qui nous est tout à fait agréable en ce jour de grisaille et d'incertitudes. Régulièrement elle laisse échapper de grands éclats de rire très rafraîchissants à l'écoute de ce que Claude lui dit. Manifestement, le fait qu'un "long nez" cherche à se faire comprendre dans sa langue la ravit. Cela doit être inimaginable. Claude essaie de lui faire comprendre nos vues sur l'hôtel Suisse de la vieille ville. Au bout de quelques minutes d'échanges, elle s'empare de son téléphone portable (on ne peut pas rester indifférent à la prolifération des téléphones portables dans ces vastes pays, hier encore presque totalement coupés du monde: quel progrès aux conséquences incommensurables!) et engage une conversation serrée avec quelqu'un de sa famille, qu'elle finit par passer à Claude lui affirmant que c'est sa sœur et qu'elle parle l'anglais. La discussion s'avère être au moins aussi difficile qu'en Chinois, mais Claude croit comprendre qu'on lui propose une chambre chez l'habitant, ou quelque chose de ce genre. Il décline gentiment mais fermement l'invitation, redisant à notre aimable chauffeur que nous savons ce que nous voulons et que nous ne voulons rien d'autre. Ce qui n'est pas aussi vrai que le ton l'indique, mais on a vite l'impression dans ces situations que nous sommes repérés comme une manne possible et que l'on essaie de nous vendre n'importe quoi.
Il faut l'avouer, pour nous protéger d'éventuelles chausse-trapes, nous refusons assez systématiquement les offres, sans avoir les moyens de discerner le vrai du faux. Ce qui ne nous rend probablement pas toujours sympathiques, mais ne nous vaut en tout cas ni mauvaise humeur, ni insistance déplacée. D'autant que nous apprendrons petit à petit à nous apprivoiser et à écouter la proposition d'aide avant de la refuser. Mais il faut un peu de temps pour trouver la sérénité nécessaire.
De l'arrière, tout en suivant les péripéties de la relation entreprenante de notre chauffeur, je regarde avec beaucoup d'attention la belle route de montagne que nous empruntons. Les paysages embrumés par la pluie, laissent entrevoir les fragments d'une vallée aux cultures déjà très vertes, quelques petites rizières, des choux et autres herbes chinoises que nous retrouverons parfois dans nos soupes du soir, lorsque nous aurons réussi à nous faire comprendre, ce qui n'est pas toujours facile. D'autant que dans cette région riche en ethnies, on ne parle pas toujours le Mandarin, mais les dialectes de la région. Ce qui pour Claude P ajoute à la difficulté déjà plus que grande de parler là langue. On peut imaginer quelque chose d'équivalent à ce que vivrait un Anglais demandant son chemin à Marseille après avoir appris le Français académique des écoles. Ou un Allemand posant une question en ce qu'il pense être du bon Français et s'entendant répondre en Provençal. De quoi s'arracher les cheveux? Nous n'en arriverons pas là, grâce aux talents linguistiques et à l'oreille musicale de Claude P.
Après cette longue course entre nuages et éclats de rire, les choses sérieuses commencent. Notre taxi nous abandonne finalement au bord d'une vaste place à présent balayée par une triste pluie et dont nous comprenons qu'elle est l'une des entrées dans la vieille ville entièrement piétonnière. Immédiatement, ressentis comme le seraient des mouches, plusieurs tricycles avec un plateau à l'arrière nous proposent leurs services pour prendre nos bagages et les porter vers un hypothétique hôtel, moyennant quelques sous bien sûr... Nous refusons, définitivement avec une assurance que nous paierons de nos forces quelques instants plus tard, en tirant durant de longues minutes nos lourdes valises à roulettes sur un sol pavé et glissant, pas du tout adapté à nos engins pour trottoirs parisiens. Ca ne fait rien, nous marchons d'un pas qui se veut ferme dans une direction qui nous semble être la seule possible. Nous avons bien un plan de la ville, très succinct, pour tenter de rejoindre l'hôtel "Swiss machin truc", mais avec la pluie, nos valises, nos sacs à dos, et la fatigue du décalage horaire encore bien présente, nous prenons vite l'aspect de naufragés débarquant sur une terre inconnue.
Une jeune fille tout ce qu'il y a de plus incolore (je veux dire qu'elle se fond dans la masse grise des pavages aux reflets de nuages), viens vers nous tandis que nous nous laissons glisser vers elle, sans cette fois opposer de réticence à l'aide éventuelle. Claude lui explique en mi-chinois mi-anglais l'hôtel que nous cherchons, elle nous en propose un autre. Nous refusons, mais déjà moins fermement. Elle semble malgré tout bien vouloir nous guider vers notre destination souhaitée. Nous la suivons ainsi pendant de longues minutes, les uns derrières les autres, à notre rythme, faisant un bruit d'enfer sur les pavés avec nos valises à roulettes, ne pouvant décidément pas passer inaperçus... La ville magnifique par ailleurs est ce que l'on appelle "la Venise de l'Orient" (c'est fou le nombre de "Venise" qu'il peut il y avoir dans le monde) , ce qui signifie qu'elle est faite de petites ruelles serpentant infiniment (surtout quand on n'en peut plus) bordées de canaux avec des ponts à franchir, des marches d'escaliers à gravir, et des chantiers de restaurations avec ciments et tas de sables noyés par la pluie, à enjamber. Nous avons dû entrer dans la vielle vers quatres heure et demie et déjà la nuit menace. À chaque fois que nous interrogeons ce qu'il faut bien appeler notre "guide", sur la distance qui reste à accomplir, d'un geste vague elle semble nous dire que nous ne sommes plus très loin et nous entraîne en ouvrant la marche le visage éclairé par un sourire lisse. Jamais elle n'a, pendant cette longue marche, semblé nous conduire à sa destination, mais à la nôtre. La fatigue commençait réellement à se faire plus insistante, lorsque sortant une sorte de chemise sous plastique de l'une de ses poches, elle nous montra les photos d'un hôtel, tout en nous indiquant une ruelle sur la gauche. Très inquiets du temps passant, de nos énergies limitées et de la nuit tombante venant coiffer le tout, nous décidons d'aller voir de quoi il s'agit, pensant tous sans nous l'avouer: "mieux vaut tenir que courir et pour l'instant nous courons beaucoup". L'hôtel en question est dans la tradition d'ici, nous en verrons d'autres dans ce style et celui où nous finirons par dormir était aussi conçu dans ce style. Une entrée avec une sorte de portique de bois, une pièce commune de réception, donnant sur une cour carrée, toujours charmante, et des chambres sur trois côtés du rez-de-chaussée et sur le pourtour du premir étage avec un balcon tout le long, comme une sorte de mezzanine. D'ailleurs des tables basses et des fauteuils de rotin ou de bambou attendent l'hôte pour qu'il y prenne son thé, les beaux jours. Car pour l'heure dans celui que nous visitons, la pluie résonne dans la cour intérieure et de grands courants d'air froids et humides passent à travers l'établissement totalement offert aux caprices du vent. Quelqu'un, appelé à la rescousse par notre guide, nous entraîne vers une chambre pour que nous décidions si cela nous convient. Le lieu est en effet très joli, parfaitement conforme aux traditions les plus reculées de la région. Lit haut et vaste, sous lequel on devait mettre un brasero quand le froid était insupportable, ce qui visiblement commence pour les gens d'ici bien après que nous ressentions nous-mêmes cette limite inférieure de l'invivable. Deux couvertures pliées au pied du lit. Absence de salle de bain. Non... nous sommes partagés entre le charme monacal du lieu et la peur d'un inconfort au dessus de nos forces. Nous ressortons aussi vite que nous y étions entrés, comme pour échapper à quelque piège invisible. Pourtant personne ne nous oblige à rien et tout le monde a l'air de comprendre que ce n'est pas assez confortable pour nous. Pour d'autres, plus jeunes, cela aurait parfaitement convenu et les souvenirs du temps passé entre ces murs auraient été à coup sûr de grande qualité.
Nous repartons de plus belle traînant toujours nos valises avec une énergie qui nous étonne presque tant nous en donnons. La jeune fille semble avoir tout à fait compris ce que l'on veut et nous propose d'aller visiter une autre auberge, toute proche d'ici, qui devrait convenir. Elle conviendra en effet. Même architecture que la précédente, mais avec un peu plus de confort, de l'eau chaude dans les chambres, pas de chauffage mais des matelas chauffants, un accueil très chaleureux, beaucoup de charme aussi, et surtout le point final d'une course épuisante. Comment ne pas succomber. Le silence des lieux est enfin retrouvé, les valises étant en vacances. Seule la pluie continue sa triste romance
Avant de conclure pour aujourd'hui, il me faut rendre hommage à notre "jeune guide", on pourrait aussi dire "salvatrice", "apparition angélique", "commerciale diabolique", "jeune fille très éveillée"... etc. En fait cette jeune fille faisait partie de la famille qui tenait l'hôtel où nous sommes finalement descendus.
C'est en la retrouvant au coin du feu (un brasero de charbon de bois posé au sol dans la pièce commune d'entrée) que nous avons compris qu'elle avait eu un sacré talent. Celui de nous cueillir dès l'entrée de la vieille ville et de nous mener sans en avoir l'air jusqu'à son hôtel le "DANGBA'S DAUGHTER INN".
Que voilà du travail bien fait!

À suivre...
CHINE 8 Lijiang, la Cité des fantômes...

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