En route pour le Yunnan ... (Chine 2)
Cette fois nous avons pris le large. Comme le font les chats, lorsqu'ils se sont enfin rassurés en apprenant par cœur la topographie de leur environnement. Nous avons commencé à nous éloigner de la Chine des bouts de lignes aériennes (Pékin-Beijing), pour nous enfoncer dans une Chine plus profonde et plus authentique. Nous avons choisi d'aller à la rencontre des ethnies dites minoritaires du Yunnan. Sud Ouest de la Chine, entre les contreforts de l'Himalaya et le Vietnam.
J'ai la chance d'avoir un beau-frère, Claude P, qui s'imprègne des langues asiatiques avec une apparente facilité, ce qui cache en réalité un gros travail et un talent qui n'est pas donné à tout le monde. Ce précieux compagnon de voyage, qui par ailleurs à déjà fait de nombreux séjours en Asie, nous permet d'éviter les fastidieux voyages organisés où l'obsession de tout voir l'emporte le plus souvent sur celle de bien voir. Six mois avant de partir nous avions retenu ensemble nos billets d'avion (merci Internet) et dessiné les grandes lignes de notre périple.Notre projet: une quinzaine de jours pour
franchir d'un bond la moitié du globe, faire étape à Bangkok, changer d'avion et nous poser sur le sol de l'Empire du Milieu à Kunming, sorte de capitale régionale du Yunnan.

Puis, à partir de Kunming, effectuer un périple en partie en avion, en train si possible (ça ne le sera pas) et en cars locaux pour l'essentiel, vers Lijiang et les contreforts Himalayens, puis Dali. Après quoi, passage à nouveau par Kunming pour descendre cette fois vers le sud et la région de Yuanyang. Le point commun de tous ces lieux est une altitude de près de 18oo mètres. Nous savons donc qu'il faut nous attendre à une température relativement basse entre 0° et 10°, bien que la région soit considérée comme gratifiée d'un printemps éternel... Bagages en conséquence. De toute façon nous quittons Paris à une température voisine de celle que nous allons trouver, ce qui nous permet de porter sur nous les plus encombrants de nos effets.
Nous avons pris l'avion un lundi (Charles de Gaulle) sur la Thaï. Douze heures de vol jusqu'à Bangkok, trois heures de transit dans l'immense et nouvel aéroport de Bangkok.
La Thaïlande est un carrefour très emprunté pour toute l'Asie et une destination touristique apparemment incontournable. Ce pays a donc anticipé et conçu un nouvel aéroport en prévision des grands flux migratoires attendus dans les très proches années à venir, avec les gros porteurs et les pistes nécessaires à l'élan difficile de ces grands oiseaux de métaux rares.
Le lieu est pour l'instant froid et impressionnant. Rien n'y est encore prévu pour délasser le voyageur en transit, il est même difficile d'y trouver un verre d'eau dans les allées d'acier aux tapis roulants interminables. Ca s'arrangera certainement très vite, commerce oblige!
Pas d'horloge non plus pour savoir l'heure: l'homme moderne a une montre, la pile de la mienne a choisi ce jour là pour succomber.Mais nous reviendrons à Bangkok pour finir notre séjour les doigts de pieds en éventail (c'est le projet) et nous aurons alors le droit de sortir de cette prison d'acier pour passagers en transit.
Enfin le dernier saut de puce après ces grandes traversées dans l'espace et le temps, à peine deux heures pour rejoindre la Chine de Kunming.

Passage de douane très rapide et sans grand problème. On ne peut s'empêcher de penser à cet instant délicat, qu'il est parfois plus difficile d'entrer en France qu'en Chine. Il est vrai que là-bas on a peut-être plus conscience de l'enrichissement possible que représente ce flot entrant d'étrangers. En France on finira bien par l'apprendre, ou en accepter le fait.
Un regard tout de même très appuyé sur nos passeports et les imprimés qu'il a fallu soigneusement emplir pour expliquer nos intentions d'étrangers. Rien que de très normal. Il doit il y avoir énormément de faux papiers et de fausses monnaies dans ce pays, ce qui se traduit par une suspicion évidente dès que l'on tend un papier officiel, ou un simple billet de banque.
J'ai connu pire, à Moscou par exemple où il fallait plus d'une heure pour passer la douane. Ici moins de dix minutes suffisent.

La moindre ville Chinoise est dix fois plus grande que l'une des nôtres. Une grande ville Chinoise est presque aussi étendue que Paris. Quatre millions d'habitants à Kunming, ville du "Printemps éternel". Population très augmentée, lorsque vient le temps des vacances, par une foule de voyageurs Chinois débouchant des quatre coins de Chine pour découvrir cette région longtemps difficile à atteindre, de par les volontés politiques que l'on sait et le manque de moyens financiers. Nous avons pu constater lors de nos trois voyages en Chine que les choses ont bien changé et qu'une migration intérieure de la population Chinoise, riche mais aussi moyenne, composée de jeunes et plus anciens, traverse à présent facilement le pays pour aller enfin à la rencontre des richesses de son patrimoine culturel. 
Le retour sur l'histoire Chinoise et ses particularités culturelles régionales, longtemps interdit par Mao et ses disciples, est aujourd'hui (apparemment ) vécu tout à fait librement et avec une certaine émotion non dissimulée...
À suivre... CHINE 3 "Une nuit à Kunming..."
Photos Camille Hermant

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