Une nuit à Kunming (Chine 3)

Dès notre arrivée à Kunming, nous avons pu mesurer la distance que nous avions prise avec la capitale Pékin. Ici c'est la province Chinoise et il faut s'adapter à d'autres façons de fonctionner. Il ne sert à rien de tempêter, il faut faire avec ce que l'on y trouve.

Première épreuve, changer de l'argent. Tandis que nous cherchons à reprendre nos esprits et à trouver un guichet de change pour obtenir les fameux Yuans garants de nos libertés de circuler, nous sommes assaillis par l'éternelle proposition des taxis privés: un transport immédiat vers notre hôtel, pour quatre ou cinq fois le prix communément réclamé. Si l'on est un peu fatigué, ou perdu par trop de nouveautés subites, on tombe facilement dans ce panneau-là et ils doivent être nombreux ceux à qui cela arrive étant donné la pléthore de propositions qui nous sont faites. Nous tournons sur nous-mêmes pour échapper, comme si nous cherchions autre chose à l'horizon, mais c'est pour tomber aussitôt sur à un autre doigt inconnu qui nous indique une autre voiture ... Claude P ayant l'expérience de ces aéroports du bout du monde, nous rejetons les offres d'un geste sûr et fendons avec une certaine autorité la foule qui nous assaille pour trouver le guichet de change. Il faut pourtant nous rendre à l'évidence, il n'y a pas de guichet de change dans l'enceinte de l'aéroport. Renseignements pris, il faut traverser toute la place encombrée de nombreux véhicules en attente et autres taxis, pour trouver une banque de Chine, la City Bank, où il est possible de changer notre belle monnaie Européenne contre la non moins belle monnaie Chinoise.
Nous sommes reçus à l'entrée par un jeune militaire avec matraque, casque et gilet pare-balles, qui nous indique une machine à tickets. Ca me rappelle un peu l'ANPE, mais enfin! Nous en prenons un, rassurés par l'ordre qui semble être de mise dans cette officine. Apparence d'ordre, ou ordre Chinois ce qui est parfois aussi difficile à comprendre que leur langue.
Quatre guichets, pas trop de monde, nous devrions en avoir pour un quart d'heure, il n'y a qu'une dizaine de N° avant le nôtre. Très vite nous prenons conscience qu'étant les seuls étrangers présents dans le local, nous sommes une sorte de transparence en attente, invisible et sans intérêt pour les préoccupations des gens d'ici. Derrière les trois guichets en fonctionnement, nous assistons avec beaucoup d'intérêt au travail des employées qui vérifient un par un les billets de banque, les tournent et les retournent, cherchant les faux, les comptant et recomptant pour en faire des paquets cerclés d'élastiques, puis des tas, puis ... Ce n'est pas l'effet d'une paranoïa naissante.
Au fil des minutes nous prenons conscience d'une réalité Kafkaienne. Nous constatons que nous sommes les seuls à respecter des règles de fonctionnement qui n'existent que pour nous. Après une demie-heure d'attente et une incompréhension totale sur les règles du jeu, qui laisse indiscutablement passer beaucoup de gens devant nous, nous renonçons.
Nous avions un instant oublié de réfléchir, éblouis que nous étions par notre long voyage et cette plongée dans une société finalement très méconnue.
Nous avons finalement décidé de jouer avec nos règles de jeu à nous, de prendre un taxi à la station des Taxis, lui donner l'adresse de notre hôtel, vérifier que le compteur tourne normalement, et changer de l'argent une fois arrivés à l'hôtel pour régler la course. Et c'est ainsi que les choses se sont passées, parfaitement normalement. C'est un exemple assez symbolique de ces blocages parfois difficiles à franchir, qui surgissent de temps à autre au détour du frottement entre deux cultures.
Ne pas s'obstiner, contourner, trouver une autre entrée au problème. Un jeu de go où nous ne sommes qu'un petit pion sur un immense échiquier.

Un mot sur les Taxis. Nous avons pris celui de la file d'attente, lorsque ce fut notre tour. Il n'était pas grand et nous devions y entrer à quatre avec tous nos bagages: quatre valises deux sacs à dos et quelques accessoires. Normalement il en faudrait deux, à Paris ce ne serait pas possible autrement. Là, pas de problème, on entasse gens et bagages dans un savant assemblage.Vu de l'extérieur nous devons donner l'image de ces jeux d'emboîtement savants que l'on appelle justement "casse-tête Chinois", tant il ne reste peu d'espace libre dans l'habitacle. Le problème des taxis chinois est que souvent le coffre est déjà à moitié empli par les effets personnels du chauffeur. Comme s'ils vivaient pour l'essentiel dans leurs véhicules. Cela va aussi avec cette impression que j'ai souvent ressentie d'une population jamais tout à fait installée, les bagages encore faits, amassés, prêts pour un départ précipité. Nous aurons l'occasion de revenir sur cette impression tenace.
En tout cas nous avons réussi de nombreuses fois lors de notre séjour à entrer ainsi chargés dans un taxi. Le conducteur semblait toujours heureux de nous conduire où Claude le lui avait demandé dans un Chinois qui trouvait le plus souvent un écho de compréhension et nous valait des sourires joyeux et réconfortants. En fait les Chinois eux-même sont souvent assez chargés, ce qui peut aussi expliquer cette grande tolérance à notre égard.

L'Hôtel Sakura retenu de Paris s'avère être tout à fait confortable. Nous n'avions réservé qu'une nuit, ne sachant pas ce que nous allions trouver. Nous retenons tout de suite les nuits de nos différents passages à Kunming en cours de périple. Le personnel prend soin de vider à notre demande notre mini bar (sans quoi il faut laisser une caution très conséquente). Il faut prendre le temps pour que tout soit bien clair pour tout le monde, les cautions, les prix, la qualité de nos billets, la véracité de nos passeports... et puis tout finit dans un sourire des plus agréables qui ne fera qu'allant en s'amplifiant au fil de notre séjour.

Nous déposons nos bagages dans nos chambres, tout de même assez exténués par près de vingt heures sans sommeil, mais très excités par l'envie de nous plonger dans la vie des rues de Kunming. Surtout que dès le lendemain après midi un avion doit nous emporter vers Lijiang plus au nord. Malgrè tout, comme à chaque fois que l'on entre dans une chambre d'hôtel, nous prenons le temps de nous laver les mains, de jeter un coup d'œil par la fenêtre pour en mesurer le point de vue et de tâter le lit dans la perspective d'une nuit réparatrice.
C'est donc très vite que nous nous mêlons à la foule des citoyens de Kunming, avec une certaine frénésie de voir ce qui nous a été si long à trouver.

Nous irons dans la vieille ville demain matin. En cette fin de journée, nous nous contenterons de faire une sorte de grand tour du quartier. Avec à l'esprit la première de nos missions : trouver un restaurant pour dîner.

Tout le long de notre voyage nous dînerons assez tôt, entre six et sept heure, ce qui nous permettra de longues nuits réparatrices, indispensables pour franchir sans encombre les étapes qui nous attendent.

À suivre ... CHINE 4 "Les Temps nécessaires..."

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