Les temps nécessaires (Chine 4)
Toujours à Kunming 1ére nuit en ChineManger, dormir, nous déplacer par les transports en commun, trouver de l'eau, acheter des produits Chinois ... Vivre au rythme Chinois. Préoccupations quotidiennes.
Le restaurant du premier soir.
Nous n'avons jamais longtemps à chercher pour trouver un lieu pour manger en Chine. La question est plutôt qu'allons-nous manger? Car les menus sont rarement rédigés en Anglais et même quand ils le sont, il est bien rare que ce soit ce que l'on croyait avoir commandé qui arrive dans notre assiette. Enfin, on apprend là aussi. Armés de patience nous nous laissons surprendre par des découvertes plutôt appétissantes. Les quantités varient.
Parfois on a le réflexe dicté par notre culture (entrées, plats, fromages et dessert) qui nous fait commander trop de choses. D'autres fois, rendus plus raisonnables et un peu plus Chinois dans l'âme, nous pensons viser juste en commandant un plat unique qui nous semble copieux , mais justement celui-ci est frugal. Frugal mais délicieux (pensée émue pour Truffaut). On ne grossit pas en mangeant Chinois, peu de graisses, beaucoup de légumes et pas de sucre.
D'ailleurs les gens sont bien faits ici, pas d'obèses, des corps entretenus et vaillants jusqu'à un âge très avancé. Les vieux sont beaux et bien qu'ayant souvent traversé des temps difficiles leurs visage laisse entrevoir un certain bonheur de vivre. Les yeux restent vifs et le pas sûr, même s'il prend le temps que la sagesse lui dicte. J'aimerais bien être un vieux Chinois, esthétiquement parlant.Dans notre premier restaurant de Kunming, le client est invité à venir choisir sur un grand étal ce qu'il souhaite que la cuisine lui prépare.
Une multitude de produits frais sont étalés sous nos yeux quelque peu inquiets, tandis qu'à l'arrière rugissent les fourneaux d'une cuisine d'enfer, où flammes et fumées tourbillonnent assez joyeusement. 
Le Wok est l'instrument de cuisine roi dans toute la Chine. Sur un feu très vif la plupart du temps de charbon ou de charbon de bois, l'huile s'enflamme dans un embrasement dantesque et cuit jusqu'à croquant les légumes, viandes ou poissons, jetés dans un ballet précis, dicté par les recettes de cuisine millénaires.
Les soupes sont délicieuses et nous lavent des pollutions et autres agressions du voyage. Après avoir absorbé une soupe on a l'impression d'un lavage intérieur revigorant.
L'opération nous oblige à une sorte de pêche assez délicate par baguettes interposées entre les nouilles chinoises, les légumes (dont nous verrons un peu plus loin les magnifiques et infinies plantations maraîchères), les morceaux de bœuf ou de poulet, les crevettes, et quelques inconnus bien venus.
Le bol de riz vient donner un peu de corps à tout ça, comme le fait le pain chez nous. On boit avec cela du thé au jasmin, ou bien Claude et moi partagions une grande bouteille de bière Chinoise légère et peu alcoolisée. Il est vrai que, contrairement aux Chinois qui boivent, toute la journée et où que ce soit, de nombreux thermos de thé très léger, nous ne buvions pas grand chose entre le petit déjeuner et le dîner.Une fois rentré en France, nous sommes accro pour un temps et buvons tous les jours de grands bols de thé vert du Yunnan!
Pour en finir avec le restaurant, je dois dire que j'ai été extrêmement surpris par les diners chinois.
La table (le plus souvent tournante) se couvre très vite d'une multitude de plats, dans lesquels chacun picore à coups de baguettes. Quand il y en a encore beaucoup, on en apporte encore plus...C'est sûr la Chine est un pays où l'on aime bien manger et pas seulement du bout des lèvres. J'en reparlerai plus tard.
L'arrivée au "Sakura Hôtel". Un autre des temps nécessaires.
Lorsque l'on apparaît au comptoir d'un hôtel en Chine on est d'abord regardé par le personnel comme de parfaits inconnus. Avant toute chose nous devons faire connaissance. Nos papiers d'identité sont en quelque sorte notre vecteur de communication N°1. Nos devises ne sont pas sans apporter des arguments à la conversation qui s'engage. Nous devons passer avec nos interlocuteurs un contrat qui nous lie. Il faut souvent discuter ferme pour obtenir ce que nous avions réservé par Internet. Les chambres ne sont pas toujours celles que nous avions retenues, les lits passent de grand lit à deux lits séparés. On discute, on prend ce temps là et bien souvent on arrive à ce que l'on souhaite, avec un sourire sur les visages qui nous sera définitivement resservi à chacun de nos passages devant la réception.
Mais il aura fallu avant cela passer par beaucoup de discussions, nous défendre devant les tentatives adverses de surenchère, négocier, parfois jouer la colère, parfois la contenir, jamais humilier ou faire perdre la face à notre interlocuteur, mais être ferme, dans la négociation. Les jours passant lors de ce séjour, j'ai compris la valeur sociale de ce comportement, tout ce que l'on veut acheter passe par une discussion, il y a vraiment peu de chose dont on ne puisse pas discuter le prix. Cette discussion est de l'ordre de la relation. Et la relation en Chine est presque toujours de l'ordre du commerce. Le commerce est un instrument relationnel entre les êtres qui permet de passer du statut d'inconnu à celui de client. On vous accorde un prix comme ailleurs on vous ferait un compliment. Jamais, une fois l'accord passé, on ne peut lire de rancœur ou la moindre mauvaise humeur dans le regard du vendeur. Plus la discussion fut rude, plus le sourire est grand. Respect réciproque. On achète donc on aide à vivre. C'est ce que nous pouvons lire dans ces regards que l'on quitte.
Le voyage est une bonne école de patience. Je me suis souvent redit lors de notre pérégrination ce proverbe Chinois : "Le bœuf est lent, mais la terre est patiente". Les temps nécessaires. Nous sommes d'une culture qui zappe, la discussion est trop souvent ressentie comme un temps perdu, la recherche d'une efficacité matérialiste supprime de plus en plus les relations d'échange ou de partage d'idées entre les êtres. Le silence est un terrain perdu. La parole prend trop de temps. L'écriture oblige à lire, pas rentable! Chez nous, dans la vieille Europe, l'obsession générale est de se montrer avec l'espoir d'être reconnu, mais nous ressentons bien peu de curiosité pour les autres, nous portons peu de regards attentifs sur ces myriades d'images captées par les téléphones brandis comme des crucifix lors des grandes pandémies du moyen âge.
L'image nous gave, le numérique asphyxie par la possibilité qu'il donne de remettre les choix à plus tard. La vraie vie n'apparaît plus que sous la forme d'un amoncellement infini d'images arrêtées, dénuées de sens.Le sens est ailleurs, hors des images désuètes trop vite captées par les apprentis photographes, il est dans la rencontre des êtres, le croisement des regards, les départs vers d'autres horizons, les changements de direction, les silences habités, les contradictions constructives, les ruptures de bout de course, l'invention des autres vies...
À suivre... CHINE 5 "Lointains reflets de nous-mêmes..."
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