Pourquoi ce n'est plus possible ?


Réalisateur à la télévision, de 1971 jusqu'à aujourd'hui, j'ai vécu une aventure pasionnante et riche en émotions. Aujourd'hui, le monde de la télévision a changé à un tel point que je préfère me retirer avec mes souvenirs heureux, plutôt que de risquer l'émission de trop.


Il y a bien des raisons à cette déception sentimentale majeure.
J’y reviendrai souvent.

Nous étions une grande famille, celle des gens de télévision, techniciens, administratifs, réalisateurs, … puis producteurs…
Je dis « puis producteurs » parce que le début de la fin de l’intérêt du métier de réalisateur commence lorsque les producteurs ont petit à petit grignoté les rôles qui incombaient jusque-là aux réalisateurs. Cela s’est fait insidieusement et la responsabilité de cette phagocytose est en partie à mettre sur le compte des réalisateurs qui n’ont pas su voir venir ce danger à temps.
Au début ce n’était pas méchant, l’envie naturelle de passer du regard complice à celui de maître du jeu. C’est un peu comme si les directeurs de théâtre se mettaient à la mise en scène. Cela existe d’ailleurs, mais faute de moyens. Voilà le mot lâché: les moyens, les pépettes, le rendement… C’est un peu la même raison qui a présidé à ce glissement de fonction que je dénonce, « les moyens ! ». Aujourd'hui,où que l’on se tourne c’est toujours une question d’argent qui fait la décision.

Nous n’avons pas su, nous les "réalisateurs" d’alors, génération qui avait la pleine responsabilité de ce qu’elle entreprenait, faire valoir la nécessité absolue de ne pas mélanger les genres. Nous avions besoin des deux professions, mais certainement pas que l’une phagocyte l’autre, pour quelque raison que ce soit.
Aujourd’hui les « producteurs » décident et les réalisateurs obéissent. Nous sommes devenus les serviteurs d’une classe émergée des finances.


Les idées qui ne naissent que de savants calculs économiques ne m’intéressent pas et je n’ai pas envie d’essayer de convaincre des gens qui ne savent ni écouter, ni regarder.

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