L'épopée télévisuelle 2


J'avais 23 ans lorsque j'ai rencontré Jean-Christophe Averty sur le plateu du Théâtre Antoine. Toute ma vie allait prendre un virage essentiel grâce à cette précieuse rencontre... Du théâtre j'allais me laisser enlever vers la télévision (ce sera l'occasion d'un article prochain).

Je me souviens de mes premières réalisations et de l’inquiétude presque maladive qui m’envahissait au moment de leur diffusion… sentiment d’indécence, il y avait tellement de nous dans ce que nous montrions.

Nous avions le sens d’une responsabilité, celle que nous conférait le pouvoir dont nous étions détenteurs. Une fonction éducative, morale, politique… La politique était extrêmement présente dans les choix des uns et des autres… il faut bien dire que la télévision était essentiellement de gauche… Gérée par un pouvoir de droite, censurée même, mais de gauche par l’intérieur… parce que la jeunesse, parce que les intellectuels, parce que les syndicats…
Les techniques étaient balbutiantes extrêmement lourdes pour ce qui était de la vidéo et très proches du cinéma pour ce qui était du film. Le direct a d’abord existé parce que l’on ne pouvait pas faire autrement. Le monde était à l’envers les images et les sons partaient se dissoudre dans le ciel hertzien et l’on essayait d’en garder une trace par un kinescope de fortune aux images imprécises et aux qualités inconstantes.

Comme les moyens étaient limités, il fallait être inventif, à la façon d’un Méliès. À présent ce sont les moyens qui imposent les idées pour montrer de la technologie et non pas pour dire quelque chose… sans ces moyens modernes, nous essayions de trouver des astuces pour transposer les mots. L’image a longtemps été un collage aux couches limitées par les générations d’enregistrements et leurs ravages insupportables.

Mon maître en la matière fut Jean Christophe Averty, le plus inventif et le seul remarqué par les Américains. Je lui dois beaucoup mais j'en parlerai plus tard.

à suivre ...
(l'épopée télévisuelle 3)

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