Devoirs de Vacances

1/ Apprendre à regarder sa télévision.
C’est vrai ! On apprend à écrire des lignes, des pages et des livres, et puis on apprend à lire, bien après que l’on ait appris à parler, mais jamais on apprend à lire les images.
Pas simplement s’en amuser, mais discerner ce qui est derrière la première vision, le contexte, les volontés qui l’on fait naître, ce que l’on a voulu nous dire… Un peu comme on apprend à analyser à l’école les textes de la littérature, ou du théâtre de nos aînés. Questions de nuances, de seconds degrés, vision capitale.
Nous n’avons pas toujours conscience de cette ignorance, aussi faut-il se demander si nous savons nous défendre de ces images que l’on nous impose. Vous ne le savez pas, ou n’en avez pas conscience, bien des images que la télévision nous assène, en apparence sans intention particulière, sont en fait traumatisantes et s’inscrivent dans nos mémoires de façon indélébile. Un traumatisme étant en l’occurrence une blessure de l’intellect, la bêtise est elle aussi une source de traumatismes.
Il y ainsi beaucoup de domaines important pour notre qualité de vie que l’on ne juge pas utile de nous apprendre, la paternité par exemple.
On peut regarder la télévision d’un œil vague, comme devant un paysage changeant au file des heures, une contemplation passive, un bain tiède dans l’indifférence du superficiel.
Mais on peut aussi la regarder comme l’on regarde un interlocuteur discutable, nous exposer son point de vue, attendant de nous une réaction qu’il peut lire dans notre regard, ou l’entendre de notre bouche. La communication en quelque sorte. Nous recevons certes, mais émettons également nos sentiments, rebonds à une proposition plus ou moins imposée.
C’est de cette deuxième façon de regarder la télévision dont je veux vous parler.
La plupart des enseignements passent par le questionnement. Se poser une question sur ce que nous ne comprenons pas, ou nous intrigue. Formuler une question, savoir en écouter la réponse.
Mais il n’y a pas toujours un maître pour répondre à nos interrogations. Notre intelligence enfin sortie de l’enfance, devrait savoir trouver seule les réponses à nos questionnements, juste là, au pieds de ce qui nous intrigue.
L’intérêt que l’on porte à ce que l’on regarde, ou entend quotidiennement, nous conduit à formuler des questions dont on cherche (ou attend) les réponses dans le contenu même de ce qui nous préoccupe. Soyons curieux de ce que nous regardons. Ne soyons pas passifs, comme des buvards, où s’inscriraient en négatifs les traces illisibles de ce que nos yeux viennent à l’instant de décrypter.
Quel genre de questions pouvons-nous nous poser?
Il y a les questions en cours de visionnage et celles d’après visionnage.
Par exemple en cours de visionnage:
Sur le fond:
- Aie-je choisi ce que je regarde ?
- Est-ce intéressant ?
- Est-ce que je regarde parce que j’apprends quelque chose, ou est-ce que je veux voir pour dire que j’ai vu ?
- L’animateur a-t-il l’air de savoir de quoi il parle ?
- ou bien, l’animateur ne devient-t-il pas le sujet principal et les participants ses faire valoir ?
- les invités sont des gens rarement rencontrés? ou bien ce sont les mêmes que l’on voit un peu partout sur les autres chaînes ces temps-ci?
- Autrement dit, les invités sont-ils là pour apporter une contribution à la réflexion générale, ou bien ils sont là pour promouvoir et vendre leur propre production ?
- L’impression d’avoir déjà entendu tout ça mille fois, ou entrer dans un propos nouveau et surprenant ?
Sur l’esthétique:
- Le décor est surchargé, ou juste ?
- La lumière est bariolée et clignotante, ou c'est une belle lumière ?
- Les cadres de caméras sont au service de ce qui est dit, ou transformés en un clignotement de gens pressés et inattentifs?
- Est-ce que l'on comprend bien l’espace scénique, ce qu’il signifie, son agencement, pourquoi le choix de ces couleurs, pourquoi celui de ces matières ?
Sur l’animation ou la présentation :
- On ressent une frustration en regardant ce qui nous ai donné à voir, on voudrait d’autres réactions à ce qui est dit, qui ne viennent pas, ou des plans plus longs sur l’orateur, ses interlocuteur ?
- Les propos sont interrompus juste à l’instant où cela devenait intéressant, pourquoi ?
- N'y a t-il pas trop de participants ? Ou juste ce qu’il fallait, pourquoi pas ?
- N'avons-nous pas l’impression de voir quelque chose de beau et de bien fait ? Qu’est-ce qui participe à cette impression agréable.
Et puis les questions d’après l’émission:
Ai-je appris quelque chose ?
Ai-je retenu une idée nouvelle ?
Ai-je découvert quelqu’un qui méritait d’être connu?
Ai-je l'impression amère d'avoir perdu mon temps?
Mais il y a aussi le poids des images, quelquefois traumatisantes ?
La laideur est traumatisante, qu'on se le dise !
La bêtise et communicative, l’intelligence aussi, à nous de choisir ce que l’on veut.
En quelque sorte, nous devenons critiques de ce que nous voyons. Cela s’apprend et c’est une question de santé morale que de s’obliger régulièrement à cet exercice. Le seul rejet en fin d’émission, avec cette impression pénible d’avoir perdu son temps et de n’avoir pas eu le courage d’interrompre cette confrontation sans intérêt, est insuffisant pour se sauver. Bougonner ne nous soigne pas de nos rancunes.
Pour être exigeant vis-à-vis de ceux qui nous « imposent » la télévision d’aujourd’hui, vous devez savoir ce qu’elle pourrait être, au lieu de ce qu’elle est.
C’est moins simple qu’il n’y paraît. D’abord parce qu’elle est, et doit rester multiple dans ses effets sur le public. Distraire, informer et apprendre. Et surtout parce que le mot qualité, en termes de télévision, est évidemment très discutable. Mais justement, discutons-en, relevons les manches et imaginons la télévision de nos rêves.
N’ayez pas peur de cette utopie-là, elle est réalisable !
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