Mes livres me font peur...

 



Ils me tournent le dos, peut-être s’offrent-ils à moi ? 

Je me sens assez impuissant devant leur nombre, leur immobilité, la densité de ce qu’ils contiennent. Submersion. Et puis ils me culpabilisent. Ce travail immense, qu’une foule d'immortels, ou de presque inconnus, a produit pour construire des idées et les concrétiser à travers mots, lignes, pages, et les offrir ainsi à des inconnus à venir, sous la forme de cet objet parfait qu’est un livre. Fermé, immobile pendant des années, voir des siècles... Les mots soigneusement alignés sur la succession de pages, que de moins en moins de regards ne tournent. Il y a là quelque chose de tragique. L’indifférence en réponse à ce don de soi de l’écrivain qui croit, ou espère, qu’il va pénétrer dans une conscience anonyme et qui ne pense pas que son travail va très vite être entreposé pour toujours peut-être dans un cimetière monumental, que l’on appelle bibliothèque. Encouragé parfois par trop de remords, je saisis l'un de ces livres au hasard parmi les autres, serrés entre eux pour tenir debout et ne pas perdre la face. Je l’ouvre comme je lancerais un coup de dés et en lis quelques lignes, ranimant la musique des mots, rejoignant un instant le moment où cette pensée est née, croisant une respiration d'un autre temps, je rends un peu de vie à l’immobilité sépulcrale.

 

Commentaires

Domino a dit…
Première fois que je me livre à cet exercice .. Qui eût cru qu'un jour je partagerai un blog ... C'est parce que c'est Michel!

Oui, tous ces livres entreposés, serrés les uns contre les autres dans une bibliothèque.. Une bonne raison de se tenir chaud: reliques, traces de ce qui ne se consulte plus, ne se pratique plus, ne se pense plus comme avant...

Papier contre toile? Quel en sera l'avenir ?
Trame du papier, sa "palpabilité" , son vrai sens, opposé aux feux-follets insaisissables- et assassins- du net..
Ma génération, milieu du 20°, parie toujours papier

La suite, ce sera quoi ?

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