3ème voyage en Asie. Impressions. (Chine 1)
De retour de voyage en Chine, que faire partager de nos impressions personnelles et surtout comment le faire?La difficulté est de toucher des inconnus dont nous ne connaissons pas la sensibilité et les centres d'intérêts. Nous ne convaincrons pas tout le monde, mais seulement ceux dont les questionnements sont proches des nôtres.
Je rentre émerveillé de ce que j'ai vu, mais une inquiétude forte domine mes sentiments: les espaces demeurés vierges où l'économie mondiale n'a pas encore imposé ses règles, semblent bien fragiles face à la déferlante des intérêts économiques qui nivelle tout ce qu'elle aborde, en achetant les âmes pour une promesse de vie meilleure (pas toujours tenue).

J'y reviendrai. Nous ne pouvons pas reprocher aux populations à la vie presque impossible, de se laisser séduire par la modernité et ses conforts. Nous ne pouvons que regretter que les choses aillent trop vite et emportent par leurs investissements voraces quelques fondations qui faisaient aussi la richesse particulière d'un lieu et de ses habitants.
Pour être clair:
Ce qui nous intéresse le plus lors de nos voyages, ce sont les impasses du monde, les lieux encore un peu oubliés par les grandes routes touristiques. Nous profitons comme tout le monde de l'ouverture au tourisme planétaire, mais une fois arrivés sur l'un des carrefours proposés, nous prenons la tangente et entrons dans la vraie vie d'un monde encore fidèle à ses identités culturelles.
Je vais tenter par ces réflexions de voyage de faire passer nos enthousiasmes et nos inquiétudes aussi, pour communiquer une sorte d'envie d'en savoir plus.
Créer une fringale par des évocations appétissantes.
Le monde se banalise par le frottement des cultures les unes sur les autres, ce qui n'additionne pas leurs forces, mais au contraire les use, les dissipe, les efface. Il est à craindre que dans peu d'années, la seule relation entre les peuples ne soit plus de l'ordre de la pensée et de l'échange culturel, mais seulement un vaste marché commercial (certains me diront que le commerce fait partie des expressions culturelles). L'humanité sera alors partagée entre deux masses populaires. L'une immobile et proposante, l'autre défilante et acheteuse.
En Chine, on appelle les Européens les "longs nez", il y aura alors les nez baissés et les nez en l'air. Partout dans le monde, les demeures seront surchargées d'inutile et ressembleront aux succursales des grands magasins. Les marbres et les ors seront tellement faux qu'une bouteille en plastique surgissant soudain de décombres oubliés sera une sorte de repos pour l'œil fatigué par tant de surenchères. On n'épousera plus par amour mais pour la valeur du stock à acquérir. Où seront alors les regards que l'on portait sur l'être aimé et l'écoute attentive de ses silences?
Malheureusement, dans ce monde d'un demain très proche, où le culte de l'inutile est en train de s'élever au rang d'une doctrine enseignée par la puissance machiavélique des marchés, les êtres ne se regarderont bientôt plus. Ils ne feront alors plus que se montrer dans une société aveugle de gens pressés.
À suivre. CHINE 2 "En route pour le Yunnan..."
Photos Camille Hermant.

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