Fiction, réalité… ?


On s’inquiète de la fonte des glaces, de la destruction des forêts, des pollutions
massives, on a sans doute raison...

Mais il est déjà bien tard, probablement.

Autre danger de nos sociétés modernes, les failles culturelles, les espaces grandissants entre les générations, la dérive des cultures naissantes et déclinantes.

Le fils de dix, douze ans d’aujourd’hui, ne pose plus de question à son père comme nous en posions aux mêmes âges au notre, du genre : « Dis papa pourquoi la terre est ronde ? ». Premier point, notre père d’alors savait répondre, ce que nous ne sommes plus toujours capable de faire de nos jours, pour cause d’affaiblissement général du niveau des connaissances. Deuxième constat, les enfants d’aujourd’hui ne posent plus de questions à leurs aînés. Ils ont trop à faire pour perdre du temps à vouloir grandir. Ils n’ont pas ce besoin-là, cette urgence qui était la notre pour gagner les libertés qui nous manquaient, puisqu’ils peuvent partager leurs vies secrètes avec leurs copains du même âge. Nous les aînés, ne savons plus leurs rêves car nous ne les avons jamais rêvés nous-même. Ils sont nés avec dans leur berceau des apprentissages de la modernité que nous n’avons pas eu à apprendre.
Nous apprenions autre chose de plus virtuel, une aventure possible inspirée par des héros de romans ou de cinéma. Un bout de bois, une ficelle et un canif suffisaient à nous rendre invulnérables.
Et puis la parenthèse d’aventure refermée, nous rentrions à la maison, écoutant en silence ce que les adultes disaient pour essayer de rejoindre leur monde, encore si lointain semblait-il.

À présent, les choses sont inversées. L’enfant court devant, et les parents (dans le meilleur des cas) essaient de ne pas perdre le contact. Avec leurs ordinateurs, leurs consoles de jeux ou leurs téléphones portables, ils s’échappent instantanément des langages connus et utilisés par leurs aînés, pour inventer d’autres langues, secrètes et en perpétuelles mutations. Le père, un peu penaud endosse le costume de la curiosité pour ne pas être totalement largué et pense faire plaisir à son enfant en lui montrant une curiosité pour ce qui l’accapare à ce point:
« Tu joues à quoi ? Tu peux m’expliquer comment on joue ? »
« Ben regarde, c’est facile, tu fais comme ça ! » L’échelle temps n’est déjà plus la même, le père n’arrive plus à discerner dans l’image qui lui est donnée d’analyser ce qu’il doit en saisir pour avoir une chance d’entrer dans le jeu de son enfant. Il sent l’agacement qu’il a suscité et le rejet de toute tentative de solidarité inter génération. Parce que son orgueil est blessé, il fait durer un tout petit peu ce regard au-dessus de l’épaule de l’enfant, puis finit par prendre la fuite sans montrer le sentiment d’impuissance qui l’envahit.

Sans que nous y prenions garde, la génération des enfants et adolescents d’aujourd’hui, s’est inventée un univers aux codes culturels secrets, aux langages nouveaux et sans racines commune avec nos propres langues. Un fossé s’est définitivement ouvert entre les générations, ne laissant que très peu d’espaces communs.
J’imagine avec effroi ce moment assez proche, où nous n’aurons plus les moyens de nous comprendre. Comme si nous étions totalement issus de nations différentes, ou venus de planètes dispersées.

Une révolution d’un nouveau genre serait alors possible, où une génération très jeune s’emparerait des pouvoirs traditionnellement détenus par leurs aînés et les massacrerait sans états d’âmes, pour ne plus avoir à répondre à leurs questions sans intérêt.
Fin du cauchemar, réveil agité !

C’est une fiction certes ! Mais il ne nous reste que très peu de temps pour que cela ne devienne pas une réalité. Nous devons impérativement nous pencher vers nos enfants et imposer la transparence des centres d’intérêts familiaux, des langages et des concepts en tout genres.

De même qu’il était insupportable de laisser un enfant lire ou dire un mot qu’il ne comprenait pas sans lui en donner le sens, il est insupportable que nous puissions ignorer le moindre des sens des univers imaginaires de nos enfants.


Mieux nous devons impérativement les partager!

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