Fausses réalités... Pensée du jour.

Lorsque sur notre poste de télévision, on est amené à contempler, un peu ensommeillé par une journée chaude d'été, un personnage quelque qu'il soit, nous déclarant la plus effarante des révélations, aussi bien que la plus banale des certitudes, ne prenons pas cela pour une réalité « sans colorants ou conservateurs ».
Car ici, il n'y a pas d'étiquette sur l'écran pour prévenir le consommateur des risques mesurés de la pollution de ce qu'il regarde!
N'oublions jamais que face à ce personnage qui nous interpelle et nous regarde peut-être même dans les yeux, il y a au minimum :
un cameraman,
un preneur de son,
un journaliste,
peut-être un éclairagiste,
peut-être un réalisateur,
peut-être une scripte ,
peut-être un assistant,
probablement de nombreux badauds etc
Ce qui semble un désert dans le « champ » de notre interlocuteur est une foule silencieuse dans le « contre champ » qui lui fait face. Il y a donc une influence psychologique inévitable sur le personnage filmé. C'est ainsi que j'ai pu maintes fois constater l'infantilisation devant la caméra (au sens de fragilisation), de personnages aussi redoutables que des juges, des
hommes politiques, des stars du spectacle, et même des journalistes pourtant habitués à ce piège.
N'oublions pas non plus que les quinze secondes, comme les dix minutes de ce que nous avons à voir et entendre, sont extraits d'au moins dix fois ce temps-là. Que ce qui nous est donné à voir, l'est parce que le journaliste, le producteur, ou le réalisateur, puis le monteur, ont finalement décidé de nous le montrer ! Que la minute d'après, ou celle d'avant, pouvaient donner un tout autre sens à ce que nous voyons. Qu'il n'y a pas d'objectivité en la matière, à partir du moment où il y a écriture télévisuelle. Mais de cela je reparlerai.
Enfin n'oublions pas que celui que nous voyons à l'instant nous parler avec une sincérité naturelle, a probablement quelque chose à vendre, ou un fort besoin de reconnaissance par son entourage et que cette situation, finalement assez rare, où une caméra et son équipe s'arrêtent devant un quidam pour lui donner la parole, le transcende immanquablement en un héros instantané.
Et surtout, gardons en mémoire que personne n'est à l'abri de cette tentation.
Commentaires
Car sinon, il en entendra parler pendant longtemps de ce qu'il aura pu "lâcher". Il ne faut jamais oublier que la vie continue pour les interviewés après l'interview!