Mauvaise surprise...


Elle est arrivée par surprise, pourtant promise depuis des lustres.
On me l’a donnée, je l’ai prise, elle ma prise … « la retraite ».






Il me faut apprendre cette habitude que je n'ai pas, le sentiment de vacance... ne pas culpabiliser parce que je jouis d'observer la vie qui reprend sur les bois morts de l'hiver.


J'ai droit au repos, il faut que je me le dise, pour me convaincre et vivre ce que j'ai à vivre.
Jusque là je n'y avais pas songé, elle n'était pas de mes pensées, trop d'agitations en perspective pour prendre le temps de l'imaginer. La réalité était autre et elle ne faisait pas partie de mes rêves. Aujourd'hui elle est là devant moi, autour de moi, en moi...
Mais si elle me prend, si je la prend, ce n'est qu'un demi plaisir dans l'idée, parce que d'elle ou de moi, je ne sais réellement qui a la main. J'ai l'âge pour cette rencontre promise c'est sûr, la soixantaine déjà bien entamée, il faut que je m'y mette, c'est à mon tour, j'y ai droit.
Le droit de me taire surtout, de laisser les commandes, d'abandonner le navire.
Etrange impression que celle d'être à la fois sur le quai et sur le navire qui s'en éloigne; d'où que l'on se place il y a éloignement.


Je suis heureux de cet accès enfin accordé à cet espace vierge de ma vie, mais il y a une ombre au fond du couloir qui me fait peur. Je ne distingue pas bien l'objet qui la génère. Je sais bien qu’il n'y a pas d'espace ensoleillé sans ombre, même dans le désert au minimum il y a notre propre ombre, mais alors cette autre ombre, je ne suis pas seul et cette présence est inquiétante parce qu'elle ressemble à la fin des histoires que l'on me raconte depuis toujours. La page tournée est la dernière que l’on ne me raconte pas d’histoire. C’est allé trop vite, je voudrais au moins prévenir les autres, ceux que j’aime, de ces jours sur lesquels on ne reviendra jamais qui s’enfuient si vite, et sur lesquels nous aurions pris le temps de les regarder passer si nous avions su. Personne ne nous a jamais parlé de l’urgence de prendre le temps. Il fallait toujours passer à la suite avant de faire le tour des points final de nos petites histoires. Ce pourquoi nous avions bataillé dur, avait toujours moins d’importance que le projet de la bataille suivante. Mais qui nous a mis dans cette état ? La famille, l’école, la société, ou bien nous mêmes, animaux dégénérés qui avons perdu nos instincts sages de ver de terre ?

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