Les décorations de Noël
Je le sais, je suis assez seul à penser comme cela, ce qui tend à me rendre plus sinistre encore qu’en temps ordinaire. Mais si quelque part, dans un recoin de notre planète il y a quelqu’un, qui par discrétion ou peur de paraître différent, pense et n’ose exprimer les mêmes sentiments, alors ma bouteille à la mer ressemblera à un sourire partagé.
Tous les ans c’est la même chose, de façon assez discrète, voir sournoise, à partir du début novembre, nos arbres et places publiques sont attaqués par un drôle de virus, celui des clignotements colorés, des scintillements en provenance de Chine, des signes imposés d’une fête présente ou à venir. Alors que chaque matin sombre des journées courtes d’hiver, il faut trouver des raisons de se réjouir, on nous propose cette médication contre le blues : les décorations de Noël. En ce qui me concerne, cela produit en moi un violent effet contraire. Je trouve cela d’une tristesse absolue, et à chaque fois que je commence à aller mieux, si mes yeux tombent sur ces symboles imposés, je replonge immédiatement dans une forme de désespoir, qu’il va me falloir à nouveau surmonter par un travail difficile.
Au nom d’une tradition ancestrale et religieuse, depuis longtemps détournée par les puissances universelles du commerce, on nous impose ces décorations de Noël, dont le but principal n’est plus la joie originelle, mais un aveuglement général face aux réalités beaucoup plus sombres des temps présents.
De troupeau de mouton, dont je suis je le concède, nous devenons un troupeau d’autruches.
Quelle triste progression.

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