Confidences …


 

C’était le 11 06 2019.
En 2019 déjà je m’inquiétais de ce temps qui nous échappe et se perd irrémédiablement.
Aujourd’hui, je me relis et à quelques mots près cette pensée un peu sombre s’est encore un peu plus enracinée en ma conscience.

La première question qui me vient à chaque début du jour nouveau qui m'est donné à vivre est :
                                                 "Que vais-je faire de ce jour ?".
Avant je n’y pensais pas, ou plutôt je n’avais pas besoin d’y penser, les cases étaient automatiquement remplies sans que je n’aie à le faire, par les contraintes professionnelles, familiales et sociétales. Je faisais partie d’un flot dans lequel je n’avais qu’à me laisser entrainer, comme le bouchon porté par le courant dynamique d’un fleuve.
Aujourd’hui, dans ce temps d’après, puisque il y eut le temps d’avant, ces contraintes s’éloignent une à une jusqu’à cette sorte d’aridité qui fait que presque plus rien ne s’inscrit dans la liste qui structure mon temps. De moins en moins en tout cas. Je fais des efforts pour tenter de ne pas m’échouer sur la berge et tenter de suivre encore, si c’est possible, le courant dynamique qui entraine mes contemporains. Ne surtout pas sombrer dans la seule contemplation, mais donner à voir, à lire, à partager, à contredire, à batailler joyeusement avec ceux qui m’entourent ou que je croise.

Il y a donc dans ma vie présente deux notions dominantes dont les ombres deviennent de plus en plus contrastées :
                                              « La Solitude et le Temps qu’il reste »

Cette solitude qui devient notre interlocuteur principal. Cet être invisible et muet à qui nous devons rendre des comptes et nous harcèle sans attendre aucune réponse de notre part. Je suis encore vivant et pourtant quelque chose s’est débranché avec le reste du monde. Je dois chaque matin m’infliger des tâches à remplir, des projets à échafauder et surtout faire aboutir ce que j’avais entrepris les jours d’avant, avant que cela ne s’efface dans le vide des nuits à venir. Il n’y a que moi qui sait cette liste secrète et il n’y a que moi, qui le soir venu, fait le bilan et en tire le plus souvent cette impression désespérante de n’avoir pas fait ce que je devais faire. Avant, j’étais sous contrat avec mes contemporains, à présent je suis mon propre interlocuteur, je fais les questions et les réponses. C’est
 d’ailleurs ce que je fais à l’instant.

Et ce temps qui file, au point que les vendredis nous sautent au visage avant que nous ayons vécu les lundis… Les semaines, les mois, les années… Je sais très bien que cette impression d’accélération est due au pages vides, ou si peu emplies, de mes journées . Le ridicule de tout cela est qu’avec ce « si peu » je suis très vite débordé, épuisé.
L’utilisation de ce temps, qui est le même pour tout le monde, est à présent pour moi devenu linéaire. Je ne peux faire qu’une chose à la fois, sous peine de confusions, de maladresses, de perditions.
Le temps qu’il reste, on le sait bien, se réduit comme le sable d’un sablier secret, dont nous ignorons les réserves, heureusement d’ailleurs. Cette ignorance fait de nous des joueurs qui misons peut-être un peu trop souvent sur un banco qui nous espérons naturel. Un jour pourtant nous perdrons et la peur s’installe de plus en plus en moi à l’idée de ce coup perdant.
Ceux qui vont bien, ou font semblant d’aller bien, n’aiment pas que l’on parle ainsi de cette réalité qui nous guette. Mon caractère est ainsi fait qu’il n’est ni optimiste, ni pessimiste, mais seulement réaliste et c’est un caractère, je le conçois, difficile à vivre pour les autres.
J’y tiens pourtant parce que je m’y reconnais lorsque je me regarde du fond de l’âme... / …

Oh là là ! C’est un peu sombre. Mais ceux qui me connaissent savent que je m’émerveille encore pour beaucoup de choses,.


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