Non à l'Audimat !


Supprimer la publicité sur France Télévision ?
La vraie question, celle dont je n'ai jusque-là pas entendu parler, est de débarrasser les chaînes du service public de l'oppression de l'Audimat.
Si l'on supprime la publicité, mais que les différentes directions des chaînes du groupe "France Télévision" continuent de mesurer, au petit matin, les audiences de la veille en les comparant à celles des chaînes privées, cela ne sert absolument à rien. Tant que planera l'épée de Damoclès qu'est "l'Audimat", sur la tête des créateurs et producteurs de télévision publique, le niveau général des émissions sera immanquablement tiré vers le bas démocratique. Parce qu'il faut oser le dire fort, afin d'être entendu: "En termes de Culture, les choix du plus grand nombre ne sont que très rarement les meilleurs".
Je n'ai jamais entendu prononcé le mot "Audimat" depuis que Sarkozy a lâché son caillou dans l'eau assoupie du service public.... Il est donc très à craindre, que même débarrassé de la publicité le réflexe reste le même.
Ceux qui sont en charge des programmes sur les chaînes du service public prennent des grands airs lorsqu'il est prudemment murmuré à leurs oreilles que leurs programmes ressemblent trop à ceux du privé, mais tant que demeurera cette mesure sanction de "l'Audimat", la tendance sera systématiquement à la course poursuite entre les chaînes. Une véritable liberté de programmation passe par un abandon de l'obsession de l'écoute massive.
Éduquer, cultiver, distraire, peut se faire avec un peu plus de responsabilité de la part des créateurs, beaucoup plus d'ambition, infiniment plus de sens ... Prendre le contre courant de la "Méthode Cauet" ou de "Desperate Housewives", devrait être tout à fait possible sur une chaîne du service public, ça ne l'est quasiment pas aujourd'hui.

Il n'y a pas d'éducation sans apprendre d'abord l'effort, apprendre la nécessité d'apprendre en terme de survie, comme il est vital de manger ou de respirer. Aucun virtuose n'a d'abord été un enfant comme les autres, dont les parents avaient choisi à sa place ce qu'ils avaient imaginé être bon pour lui : apprendre la musique. Ces parents-là avaient eux-mêmes appris de leurs parents, au dépend d'autre plaisirs plus faciles, celui d'aimer la musique.
Rebours: Il faut redonner à la télévision du service public les libertés et les moyens financiers de réapprendre l'effort et réorganiser la diffusion d'une intelligence attractive.

Imaginez que l'école ne soit plus obligatoire en France, combien d'enfants en seraient heureux, ignorant totalement dans leur joie de fainéants abandonnés à eux-mêmes, la chance qu'ils ont de pouvoir aller à l'école? Chance que l'on n'a pas su leur apprendre.
Je pense à cet instant aux millions de petits africains qui savent aujourd'hui que leur survie passe par l'école et dont les parents ne peuvent ou ne veulent les y envoyer, pour des raisons économiques ou traditionnelles.
Si on ne commence pas par définir précisément les devoirs d'une télévision de qualité sur le service public et les moyens financiers nécessaires à leurs réalisations, on nous raconte des histoires, et rien n'aura changé fondamentalement, si ce n'est le transfert de la manne publicitaire vers le privé.
Tout dans cette affaire n'est pas une question d'argent, il y a un TRAVAIL À FAIRE, qui nécessite une prise de conscience collective des pouvoirs politique et plus particulièrement ceux de la Culture et des acteurs actuels de la télévision. Les vœux pieux ne suffisent pas.

Lorsque j'étais réalisateur dans les années 70, le réalisateur devait négocier avec l'administration du service concerné le devis de fabrication de l'émission que l'on mettait en œuvre. Il existait des normes pour produire un documentaire de 52mn, ou une fiction, ou une variété, mais le réalisateur pouvait faire valoir d'une difficulté particulière, ou une tentative artistique qu'il allait essayer, et si ses arguments étaient convaincants, l'administrateur qu'il avait en face de lui lui accordait un supplément de jours de tournages, ou un métrage supplémentaire de pellicule. Mais une fois le devis accepté et signé, le réalisateur s'engageait à respecter les moyens qui lui étaient accordés et devait livrer son œuvre en temps et en heure sans aucun dépassement. Si ce n'était pas le cas il risquait de graves difficultés pour la poursuite de sa carrière. Cette conscience des responsabilités de chacun, le créateur et l'administratif, dans l'effort commun de création, donne une idée de l'artisanat qu'était la télévision d'alors. Aujourd'hui tout y est normalisé, industrialisé, influencé, mesuré, analysé, et il reste bien peu de place à l'expression artistique (la vraie, pas celle qui clignote ou zappe entre les mots et les idées de peur d'ennuyer).

NON à LA PUB
NON À L'AUDIMAT !

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