Service Public et Télévision


Il y a longtemps que je ne l’ai pas fait, je vais parler un peu de notre télévision.

La nature, de temps à autre se fait entendre avec violence, la Chine vient d’en être la malheureuse terre d’expression. Le peuple chinois en a pour de long mois avant de pouvoir chasser de son esprit les images traumatisantes d’un cataclysme extrêmement meurtrier. Le pouvoir Chinois a lui de longs mois de paix sociale devant lui, tandis que son peuple se solidarise avec les victimes et ne pense plus aux revendications qui montaient en grondant. Sursis. Et puis le pouvoir Chinois peut, sans trop de difficultés, améliorer grandement son image auprès de son peuple ainsi qu'aux yeux du monde, en aidant à la reconstruction, en allant participer aux sauvetages immédiats, en faisant grand cas de sa compassion pour cette part du peuple Chinois atteinte dans sa chaire. Images positives.

En France on ressent bien de temps à autre quelques secousses telluriques, mais elles ne font que lézarder les murs et pencher dangereusement les cheminées. Le pouvoir d’ici dispose de pas grand-chose pour masquer d’un nuage de fumée les mauvaises humeurs de son peuple. Il y a bien quelques catastrophes locales qui occultent deux ou trois jours la montée des humeurs noires, mais la vie continuant sa route, la rue reprend immanquablement sa lente marche des calicots.

Alors le dernier des présidents Français, le plus moderne que l’on ait eu puisque le dernier élu, Nicolas Sarkozy, a compris que dans un pays qui était hors du chemin meurtrier des plaques tectoniques il lui fallait créer des séismes artificiellement, s’il voulait avoir un peu la paix avec ce peuple français, si généreux au moment des projets d’avenir, mais aux exigences capricieuses le moment venu de les réaliser. Il a commencé par tenter le genre séisme personnel, mais cela n’a pas fonctionné. Les Français ont déjà trop à faire avec leurs propres familles, très ébranlées par une société perdue dans ses libertés post-soixante-huitardes.
Il marche beaucoup au feeling notre président. Quelque peu coincé entre l’érosion de son succès électorale et la montée des revendications tous azimuts, il a lâché sans trop y réfléchir semble-t-il et surtout sans en avoir parlé à son équipe rapprochée, l’idée de supprimer la publicité sur les "chaînes du service public".
Séisme en France, magnitude variable et progressive.

Je ne suis pas certain que notre président ait mesuré ce qu’allait être la secousse, mais il faut bien le dire, elle l’arrange bien. En fait le peuple français n’a pas ressenti la secousse au moment où elle a eu lieu, mais la ressent de plus en plus au fil des jours, comme des courbatures sournoises et envahissantes. Ce sont les professionnels de la télévision qui ont pris la secousse en pleine figure et qui par les médias (terreau qui les fait vivre) ont permis la progression de l’onde de choc. La fin des services publics est toujours ressentie après, par ceux qui en avaient l’usage. Le peuple ne sait pas très bien ce que veulent dire ces mots de « service public » et a tendance à penser que c’est une sorte de nid de privilégiés inutiles, qui profitent d’une situation d’assistance, en en faisant le moins possible. Et pourtant c’est le même peuple qui crie au scandale quand les dits « services publics » ne remplissent plus leurs rôles, faute de budget et pour cause de réduction de personnel. Voir la Poste, la SNCF et le domaine Hospitalier etc...
Je ferme la parenthèse de cette inculture civique.

Sarkozy
a créé un séisme en touchant par l’aspect du financement (la publicité et la redevance) « l’audiovisuel public ». Mais est-ce la vraie question ? La vraie question, qui n’est pas du tout abordée dans sa proposition, est la réalité de ce « service public de l’audiovisuel ». Et là, il faut bien reconnaître que par son système de financement, le « service public de l’audiovisuel », et plus particulièrement France Télévision, sont de gros mensonges.

Il y a un mot que je n’ai pas entendu prononcer depuis le début de la secousse c’est : « l’audimat ». Parce que la clef du problème c’est ce fameux audimat. Sans lui les choses seraient tout à fait autrement. Si on supprime « la publicité » et que l’on garde « l’audimat », le problème de la surenchère vers le bas entre télévision Public et Privée poursuivra sa route.
Le séisme aurait été d’une autre nature si Nicolas Sarkozy, notre président moderne, avait proposé comme une volonté de responsable politique, la naissance d’un véritable« service public » débarrassé du couperet de « l’audimat » et en conséquence de « la publicité », restructuré pour ne plus avoir a souffrir de la comparaison avec les chaînes privées. S’il avait fait cela, la secousse eût été revigorante et non pas mortelle, comme elle semble en prendre le chemin.

Utopie probablement que de croire qu’un courage est possible lorsque l’on est élu, mais le vrai séisme, celui qui est suivi d’une reconstruction et resserre les rangs dans un élan de solidarité, passait sans doute par ce courage nécessaire.
Au lieu de cela Nicolas Sarkozy, notre président impulsif, n’a développé qu’un habile rideau de fumée, qui permet de remettre à plus tard les priorités de la France. Je ne suis pas sûr, par ailleurs, que la véritable illumination qui lui a inspiré cette idée ne soit pas d'abord une volonté d'aider le secteur public, lui même mis en difficulté par la naissance des nouvelles technologies et la recomposition des territoires publicitaires.

Je pense que nous devons tout faire pour sauver le "service public de l’audiovisuel français", il y va de la qualité de notre culture, il y va de l’arrêt ou de la poursuite d’une décadence déjà très engagée. Évidemment, cela passe par des réformes profondes de l’ensemble des chaînes de France télévision. Et je comprends que cela puisse faire peur à la grande masse des personnels qui travaillent avec passion depuis des années dans un système qui n’avait jusque-là guère évolué. Mais ne rien faire est à coup sûr aller droit dans le mur. Ce serait dire adieu au service public, la lute étant définitivement impossible à mener face aux seules motivations économiques du privé.

J’ai confiance, pour avoir longtemps travaillé à leur côté, en la conscience des personnels de France télévision, ressentie par tous ses acteurs comme une différence du rôle fondamentale et sans égale qu'elle a à tenir avec le reste du paysage audiovisuel. Ils sauront défendre et faire évoluer l’instrument qui est une grande part de leur vie. Histoire de passion et de conviction.

Cette affaire doit se passer entre les professionnels de télévision et les acteurs politiques, le tout sous le regard vigilant et exigent du public. Il ne faut pas précipiter les choses pour des raisons électorales, ou des petits pouvoirs en danger. Les bonnes idées prennent parfois un peu de temps à naître. Mais transformer l’audiovisuel public français pour en faire un fleuron de l’exception culturelle française est au moins aussi glorieux que de faire naître un grand musée d’art contemporain. C’est donc un projet à l’échelle d’un quinquennat.

Si nous ressentons un tant soit peu de responsabilité vis-à-vis de l’éducation de nos enfants, nous devons exiger que notre télévision soit une alliée dans cette lourde responsabilité et non pas un diffuseur permanent des contres-modèles d’une existence sans intérêt, menée par les égoïsmes et la facilité, contre-modèles qui jouent en permanence, avec une puissance de conviction imbattable, contre les pères et les mères désarmés que nous sommes.

Cette télévision qui doit aussi savoir parler d’effort, de travail, de choix essentiels et tirer vers le haut une société aux penchants que l’on sait, serait alors une véritable "Télévision de Service Public".
À venir…

Commentaires

Jigé a dit…
Salut et merci du partage.

Des articles intéressants, puis plus rien depuis plusieurs mois. Parti?

c’est par hasard que j’ai atterri sur ton blog. le mien est consacré à la connaissance de soi (http://connaissancedesoi.blogspot.com/). si le coeur t'en dit, tu es bienvenu.

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