Quand les cloches me plaisent...



Dans mon village des environs de Paris (45kms), certains jours plus gris que d'autres, on sonne le glas.

J'aime cette marche lente à deux tons de cloches, discrètes mais insistantes, qui sait nous arrêter un instant dans nos pensées pour rejoindre un inconnu en route pour la dernière fois.
À Paris, non loin de mon village, le mort du jour est conduit vers l'oubli, sans que cela ne se sache même à quelques pas de là, dans l'indifférence éternelle.
J'aime ce salut aérien que nous adresse cette âme en voyage, comme le mouchoir agité des adieux sur le quai d'une gare.
J'aime cette relation imposée avec un inconnu, vers qui nous élevons pour la dernière fois (et probablement la première aussi) notre pensée.
J'aime ce rôle laïc des cloches, qui rassemblent à cet instant ultime les citoyens d'un village dans l'expression d'une pensée respectueuse et affectueuse vers l'un des siens.
J'aime l'anonymat de cette mort sans apparat, au dessus des toits, sans différences de classes affichées. C'est enfin la même marche pour tous.
J'aime cette peine qui m'envahit pour un être qui n'est plus, tout simplement.

Commentaires

Unknown a dit…
Cher Michel,


Un petit préambule pour dire que ton blog commence à faire somme. Que toutes ces bouteilles lancées à la mer se retrouvent en fait à remplir ce qui est en passe de devenir une belle cave. Et quelque visiteur que le fortuit ou la rigueur d'une recherche aura mené jusque là y trouvera à coup sûr deux ou trois bonnes bouteilles dont l'envie lui aura pris de faire sauter le bouchon.


Je me permets ce petit montage de phrases amies qui ne devrait pas déformer ta pensée :
« J'aime ce salut aérien qui sait nous arrêter un instant dans nos pensées ».
Voici dévoilée ce que je pense être une clef essentielle de l’existence à côté de laquelle on peut passer une vie entière et l’ignorer.
Toute chose vraie, comme celle que tu décris mais cela va jusqu’à la coulée infiniment subtile de l’eau dans le cour d’une rivière demande pour être observée et ressentie, l’écoute du cœur. C’est une écoute si fragile que la moindre pensée émise l’oblitère, plongeant le frêle cristal dans un lourd gant de goudron.
L’idéal serait d’arrêter totalement la pensée, et non ces misérables secondes d’apnée mentale que notre cervelle monstrueusement survoltée nous concède par instant. Dans Chaque époque et dans chaque société, l’homme a tenté d’y parvenir. Nos anciens avaient trouvé un mot pour exprimer cette approche du monde. Cela se passait dans les sociétés monacales au savoir très secret qui ne s’exprimait qu’en latin, appuyé par une discipline de fer qui confinait au masochisme : ils appelaient cela « la béatitude ».
Je m’exerce comme un plongeur à faire de petites séries en évitant de me fustiger quand ces tentatives sont de trop courte durée. Finalement la question est de savoir si la pensée est réellement nécessaire. Grandit-elle l’homme d’une quelconque manière. Si elle est le vecteur du progrès, que doit-on penser de ce progrès. Voila qui ferait un beau sujet de français au baccalauréat.
Mais je préfère ne pas y penser.

Bien amicalement, Simon Bonnet.
Unknown a dit…
(Suite).....

Je reviens dans ces commentaires car il m’est venu à penser que conclure mon billet sur un tel sujet par une queue de poisson humoristique n’était pas une bonne chose.

Dans mon esprit, et même si parfois je doute, il est bien entendu exclu de refuser cet outil croisant le fer à ce point entre le merveilleux et le monstrueux qu’est le processus de pensée. D’ailleurs, éloignant sans regret tout extrémisme malsain, la fonction de penser n’est pas dissociable de l’être sous peine d’atterrir, moins qu’animal dans le jardin à légumes.

La pensée grandit-elle l’homme ? C’est incontestable. Ne serait-ce que parce que pour s’exprimer, elle a inventé, entre autres formes, le langage. Celui-ci ayant cela d’extraordinaire qu’il a permis à chaque peuple et sur des milliers de générations de trouver un mot pour chaque concept, aussi subtile soit-il. Chacun s’enrichit donc en progressant dans la maîtrise du langage, de l’expérience vivante des nuées qui l’ont précédées et le grandit à hauteur.

Aussi l’homme est là pour mettre en mots l’infinie magnificence du spectacle de la nature dans tout le spectre de ses manifestations.

Un spectacle existe-t-il sans spectateur ? On peut dire que non.
La nature est-elle un spectacle ? Certainement.

Le moins que l’on puisse rendre à la nature en échange est de former chacun en soi le spectateur le plus subtile et instruit qu’il soit.

Pour cela il faut maîtriser la pensée, et ce qu’on oublie trop souvent, c’était l’objet de mon billet en résonance avec ta réflexion mon cher Michel, c’est déjà d’en maîtriser le débit.

Amicalement, Simonb.

Posts les plus consultés de ce blog

Une fable qui n’en est pas une.

Lorsque l'on a le choix...

Le goût de l'amer...

Vœux 2010

Un jour, lointain...

Fausses réalités... Pensée du jour.