Le plaisir des Fins...
Si l'on est sur la lune, ce qui ne doit pas manquer de piquant, on peut observer la terre vue de haut.
Imagine !
Je suis là, seul sur l'astre désert, à me dorer au clair de lune et je contemple dans un silence sidéral l'humanité toute entière.Avec une lunette hypothétique, je resserre sur notre continent, puis mon pays la France, mon village, la maison, le salon et les autres enfin. Les miens et les autres. C'est intéressant d'observer, dans un silence lunaire, l'agitation de nos contemporains. Si l'on arrive encore à rire des désordres dont nous sommes issus, c'est plutôt rigolo.
Cinéma muet.
Bon alors qu’est-ce que nous avons à voir aujourd’hui ?:
La presse, les médias, se sont jetés sur l'Histoire savoureuse du couple naissant Carla-Sarko (c'est curieux, il me serait plus difficile d'écrire le couple Bruni-Sarko, ou Sarko-Bruni, ou Nicolas-Carla). La masse populaire française en a redemandé pendant une semaine ou deux, et voilà que déjà la joyeuse rumeur (que l'on pouvait presque entendre de la lune) s'estompe.
Une autre vient doucement en prendre la place, celle d'une fin annoncée.
La France vue de haut se décrit sans aucune précaution.
Comment mieux illustrer notre société, à tel point impatiente, qu'elle court à la dernière page des romans qu’elle parcourt pour en connaître la fin avant d'en laisser s'écrire les pages d'avant.
On ne s'étonne plus de la chute vertigineuse du nombre de lecteurs en quoi que ce soit.
La télévision elle-même se sent obligée d'accélérer l'image à l'intérieur même d'un plan, par peur d'un ennui qui pourrait venir fissurer l'audience. On ne court pas, on survole… Peur d’un temps qui viendrait subitement à manquer définitivement. Peur de la mort tout simplement. Ce sentiment d’urgence serait notre supériorité à nous sur le monde animal ? J’en doute. Les vaches continuent à regarder les trains passer… Seuls les trains ont accéléré le pas.
Si ce qui intéresse ce public pressé n'est plus que la naissance et la mort d'une histoire, deux images fixes suffiront bientôt à le rassasier.
La pensée est trop lente à s'exprimer... pas le temps d'attendre les réponses aux questions.
Un jour proche, une librairie suffira pour contenir l'ensemble des romans du monde, réduits chacun à deux pages, celle du début et celle de la fin.
Ceux qui se trouveront à cet instant sur la lune détourneront leurs yeux de cette terre figée sur les points finals, pour chercher d'autres débuts d'histoires dans l'infini céleste.


Commentaires