À présent, la Chine se laisse observer...?
On commence à recevoir des "Informations" de plus en plus précises sur la vie quotidienne Chinoise. C'est un phénomène nouveau, il y a peu rien n'émergeait de l'intimité du peuple Chinois, si ce ne sont des rumeurs noires, alimentant la notion alarmiste d'un péril jaune plus que dépassé. Aujourd'hui on continue d'alimenter cette peur diffuse, mais cette fois avec des informations plus proches de ce que l'on a l'habitude d'entendre dans nos propres sphères. Quelques exemples...
- Les salaires de la main d'œuvre Chinoise, jusque-là imbattables sur les champs de la concurrence internationale, commencent à poser problème aux masses laborieuses Chinoises. Comme toutes les populations du globe, les travailleurs sont informés de ce qui se passe aux quatre coins du monde et ressentent l'exploitation dont ils sont les victimes. C'est toujours la même chose, les patrons Chinois s'enrichissent beaucoup plus vite que leurs ouvriers et cela est ressenti ici comme ailleurs comme une injustice, qui un jour ou l'autre finit par être insupportable. L'insupportable ressenti par quelques centaines de millions de travailleurs, ça fait beaucoup de bruit. La pression populaire risque d'être en Chine beaucoup plus efficace que dans un pays comme la France.
- Les naissances. On dit que si Mao n'avait pas limité autoritairement les naissances à un enfant par famille en Chine, il y aurait aujourd'hui 400 millions de Chinois de plus. Très bien, mais il apparaît que l'étau se desserre avec les libertés retrouvées. Depuis déjà quelques années un deuxième enfant est autorisé pour les agriculteurs dont la première naissance donne une fille. L'enfant est encore considéré, dans la Chine profonde comme dans les profondeurs de l'Afrique et des pays pauvres, comme un outil de travail. D'où la valeur supérieure (contestable à nos yeux de nantis) des garçons.Mais avec la modernité qui s'empare à vitesse grand V des villes et des campagnes Chinoises, l'envie de fonder une famille plus nombreuse et de briser le cercle infernal de l'enfant unique dans les classes nouvellement bourgeoises, pousse les femmes Chinoises qui en ont les moyens à transgresser le règlement en payant de fortes amendes qui peuvent aller jusqu'à 15.000 euros pour un deuxième enfant.
La famille nombreuse est un luxe encore bien difficile à obtenir. L'injustice sociale pourrait bien être très vite ressentie sur des choix existentiels de ce type. Mais pour ceux qui trouvent cela trop cher, il reste la clandestinité et le secret. Des cliniques privées pour certains, permettent de garder le secret moyennant probablement là aussi des sommes d'argent. Ces cliniques ne sont pas toujours ce qu'il y a de mieux sur le plan hygiène et sécurité. Résultat une grande mortalité à la naissance, sans parler des femmes qui accouchent chez elle, sans aucune aide médicale.Quelle identité peuvent bien avoir ces enfants nés clandestinement?

- On voit de temps à autre apparaître dans nos journaux télévisés les images de vieux désespérés parce que la vague immobilière les chasse de leurs vieilles maisons enclavées entre les immeubles ultra modernes. Ils doivent abandonner tout ce qu'ils avaient petit à petit rassemblé autour d'eux, apparaissant le plus souvent comme un désordre insensé pour le passant, mais en réalité leur empreinte intime. On les reloge aux périphéries des grandes villes, le centre et les beaux immeubles étant réservés à une jeunesse aux dents longues et aux moyens financiers très efficaces. Ce qui donne aux voyageurs de passage dans une grande ville comme Pékin ou Shanghai, l'impression d'une population jeune, joyeuse et dynamique.
L'énorme population Chinoise comprend bien évidemment beaucoup d'anciens, d'ailleurs souvent très beaux, au port de tête fier et au regard critique, mais il faut aller un peu plus loin, dans les petites rues oubliées, dans les quartiers périphériques, sur les marchés, dans les jardins publics pour les rencontrer. Ils ne se cachent pas, simplement la société galopante les oublie.
L'argument de vente sur le marché mondial est ici comme ailleurs la jeunesse. Les anciens regardent en silence, leurs yeux disent à ceux qui savent y lire leurs pensées secrètes, des inquiétudes mêlées d'espoir.
- le Cinéma Chinois (produit en Chine) commence à dépasser les interdits d'un pouvoir qui ne voulait pas que l'âme du pays se découvre au reste du monde. Même si la brèche est ouverte, les choses restent tendues. Entre une autorisation de tourner et une autorisation de projeter il y a encore bien des difficultés à vaincre. Projeter en Chine, ou projeter à l'étranger n'est pas la même chose. Les super productions autorisées comme" La Cité Interdite", ne parlent que d'un passé si éloigné des réalités du présent que le reflet qu'elles donnent de la Chine est à peu près aussi ressemblant que celui que donnerait de la France d'aujourd'hui une reconstitution de la prise d'Alesia. Beaucoup d'argent, de grands effets, mais pas grand chose de dit, de crié, de délivré.
Il faut du temps à un État pour accepter qu'une expression artistique, quelle qu'elle soit, le décrive sans complaisance aux regards indiscrets du reste du monde. Il faut du temps pour accepter la vérité dite, lorsqu'on n'en est pas très fier. D'autant que le peuple même s'il s'en doute, ne sait pas tout et peut espérer se tromper à propos de ce qu'il croit savoir. Cet état d'esprit permet aux dictatures de durer. Et puis ces images de la Chine pour les étrangers, ici on pense que la cuisine interne ne les regarde pas. Oui, mais voilà lorsque la démocratie vient à naître, la Vérité (parait-il) fait partie de ses cadeaux de bienvenue au monde.
Photos Camille HermantÀ Suivre... Adieu à Dali, la route vers Kunming (Chine 15)
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