La vie des Marchés à Dali ... Chine 13


Dali (370 km de Kunming), préfecture autonome de la minorité Bai .
Comme à chaque arrivée dans un nouvel hôtel, nous avons dû batailler ferme pour obtenir un prix sur les chambres. Mais cette fois encore nous l’avons obtenu. Nous avons laissé, comme à l'accoutumé une caution de 100 yuans par chambre pour les clefs. Mais une fois dans nos chambres ces petits tracas ont vite été oubliés, les lieux étant très confortables et assez élégants.
Le Jim's Tibetan Hôtel est un hôtel de style Chinois, construit sur le modèle des auberges anciennes, mais il est de construction récente. Le bâtiment est organisé autour d'une cour surmontée de galeries sur lesquelles s'ouvrent les chambres. Nous sommes au troisième étage, ce qui nous permet de contempler les imposantes montagnes, par-dessus les toits. Le ciel est encore bas, mais les déchirures de plus en plus nombreuses des nuages laissent passer le soleil et découvrent par instant les sommets majestueux enchâssant la ville. Un téléphérique offre, à ceux qui peuvent se l'offrir d'aller contempler la ville d'une vue plongeante, avec un panorama assuré du "lac Erhai" tout proche et des villages qui le bordent. Ce téléphérique fait partie des aménagements récemment créés pour mieux recevoir le flux prévisible dans un avenir proche, de touristes venus au Yunnan y découvrir les restes encore authentiques des cultures régionales. J'insiste, aujourd'hui l'essentiel du tourisme en déplacement dans ces régions est encore Chinois, même si beaucoup d'étrangers passent déjà par là, à la belle saison. La proximité des sommets Himalayens et du Tibet, favorise un tourisme jeune et sportif, attiré par l'élévation physique et morale. Les Européens que l'on peut croiser à Dali sont plus agréables qu'ailleurs, en raison de leurs centres d'intérêts finalement très proches des nôtres.
La nuit a été bonne et réparatrice.
C'est seulement notre quatrième nuit passée en Chine lors de ce voyage et nous avons déjà vécu tant de péripéties inoubliables !

Nous nous retrouvons à l’heure prévue dans l'immense salle à manger de l'hôtel, où nous savons, pour l'avoir lu dans des rapports de voyages publiés dans certains guides routards, que le petit-déjeuner y est assez moyen. C'est en effet le cas, mais ce minimum est aussi la garantie d'une authenticité, les Chinois sont déjà très heureux d'y trouver ce qu'on leur offre. Pour nous bien sûr l'habitude de nos facilités peut ne pas trouver les réponses attendues ici. Mais bon, on s'organise ! Le grille-pain fait des siennes et il faut le tenir en main pour qu'il n'éjecte pas les toasts avant qu'il en soit l'heure. Le café noir est un peu rare et il faut le réclamer et savoir attendre une autre livraison. La salle pourrait contenir plusieurs centaines de personnes, alors que nous ne sommes peut-être qu’une dizaine aujourd'hui à nous escrimer avec les grille-pains. Sans doute est-ce différent les jours d’affluence, un peu plus tard dans l’année. Pour le reste, on trouve tout de même le minimum vital pour se restaurer.
On ne s'éternise pas c'est tout.
Ici aussi, la journée qui commence est assez remarquable. Les rideaux de fer à peine levés, chacun se met en marche vers sa tâche quotidienne. Cela commence par soi-même et il n'est pas rare de surprendre quelqu'un accroupi sur le trottoir pour se brosser les dents, ou de croiser une mère en train de laver les cheveux de son enfant dans une cuvette au bord de la boutique. On en oublierait qu'il ne fait pas chaud, sept ou huit degrés à cette heure matinale.
Ce rappel des températures un peu fraîches du moment, me fait penser que j'ai omis de parler de l'un des avantages du voyage en Chine. Dans ce pays, il n’est nul besoin de s'habiller pour d'autres raisons que celle de ne pas avoir froid. Jamais on ne cherche à faire d'effets, sauf peut-être dans les grandes villes où la notion de « Mode » se répand à vitesse grand V et dans des circonstances particulières comme les mariages, ou les réceptions officielles. D’ailleurs un homme en costume a de grandes chances d’être un fonctionnaire, ou un membre éminent du Parti et sa grosse voiture noire n'est jamais très loin. Mais pour le reste, dans la vie courante au quotidien, chacun se couvre seulement pour luter contre vent, pluie et neige, mais ne se préoccupe guère de l'effet produit sur le regard des autres.
À part le « costume ethnique » qui différencie tel groupe ethnique de tel autre. Je ne sais pas ce qui profondément, en dehors d'habitudes ancestrales, motive ce comportement identitaire. Coquetteries ? Fiertés d'appartenir à un groupe ? Hiérarchie sociale...? De toute façon, chaque femme, quelle que soit son appartenance a endossé un anorak made in China par dessus son beau costume pour affronter le froid du matin. Car on finit par l'oublier, ce matin il ne fait guère plus de cinq ou six degrés et nous sommes à deux mille mètres d'altitude. Immobile sur les marchés pendant de longues heures, il faut tenir le coup ; même si un brasero aux braises entretenues vient parfois au secours des mains et des pieds frigorifiés.
Les mains, comme les regards tannés par le vent des steppes et les journées harassantes, les mains sont très marquées par la vie qu'on leur mène. Celles des femmes comme celles des hommes. Ce qui est frappant, en tout cas dans les régions où nous sommes passés, ce sont les ongles noirs et les peaux noircies par la manipulation du charbon plusieurs fois par jour. À force de feux à tenir éveillés quasiment nuit et jour, les peaux et les ongles en sont imprégnés de façon définitive. Et puis les moyens de se laver semblent le plus souvent spartiates, il n'est qu'à voir les nombreuses rencontres de gens faisant leur toilette sur le trottoir à l'avant de leur boutique à la vue de tout le monde, juste avant d'enchaîner avec leur travail et seulement après avoir ranimé les feux de la maison. Le soleil est déjà levé depuis de nombreuses minutes et partout, du nord au sud et de l'est à l'ouest de ce vaste pays les millions de familles rurales allument leurs feux domestiques et envoient vers notre ciel commun de jolies fumées bleues très empoisonnantes.
J'aime pourtant ces mains qui en disent long sur le vécu de ces femmes. Les mains ont des secrets et des mémoires très personnelles et offrent à l'observateur discret que je tente d'être, des sources d'imagination troublantes. Le plus souvent, au poignet de ces mains fines et fortes à la fois, la coquetterie incontournable a placé un bracelet de jade, donnant une grâce féminine et précieuse à ces mains très marquées par le travail.

Interruption de ce récit pour cause d'élections françaises.

À Suivre... Les marchés de Dali 2

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