B.Pivot en berne...

Le monde est en marche et rien ne l'arrêtera.
À force de marcher, de courir, de s'emballer, il a la tête par dessus le cul, ce pauvre monde.
J'ai tout de même un peu de mal à m'y faire...
Il y a quelques jours, j'ai entendu un matin sur France Inter, Bernard Pivot chez Bern dans le "Fou du roi". L'homme de télévision, qui a reçu sur son plateau des centaines d'écrivains durant près de trente ans, s'est retrouvé par la force du temps qui passe, de l'âge qui arrive et de la retraite qui vous prend, à écrire à son tour. Ce qui l'amène à devoir aller, comme les autres, "se vendre" sur les lieux réservés à cet effet. "Le fou du roi" est l'un de ces lieux.
Les maisons d'édition doivent être extrêmement convaincantes et les chiffres d'audience aussi, pour que des auteurs sérieux viennent ainsi se livrer en pâture aux rubricards de service. Il faut en effet un certain courage pour affronter les sarcasmes apparemment aimables d'une équipe totalement dévouée à son prince dominant.
En ces places fortes médiatiques, il est de bon ton de rire de ce que l'on vous oblige à entendre. Biographie déjantée, si possible limite irrespectueuse, jeux de mots sur les noms (Pivot/Poivrot) etc... Là où l'on devrait se fâcher, il faut rire pour montrer que l'on a de l'humour. Je ne sais pas ce qu'est l'humour à ce niveau-là. Une sorte de programmation que l'on se fait avant d'entrer en scène, où l'on se dit "Quoi qu'il arrive tu ne réagis pas, tu es au-dessus de tout ça, tu n'es pas là pour refaire le monde, tu es là pour vendre ton livre!". Les dents serrées on attend la vanne qui fera rire d'un rire surdimensionné l'animateur, affirmant de son empreinte sonore aux auditeurs acquis au cérémonial, que ce que l'on est en train d'entendre est drôle. Si, si ! Ce que vous entendez est drôle, nous avons de l'esprit et si vous en avez un tant soit peu, riez aussi, vous entrerez dans notre cercle des gens d'esprit !
Voilà donc l'épreuve que j'ai vu traverser Bernard Pivot, bon enfant, jouant le jeu imposé, plutôt bon dans son rôle de composition parce que lucide, plutôt drôle parce qu'ayant réellement de l'esprit. De toute façon, son livre est très certainement un bon livre et n'a pas besoin des jeux de manche d'un Bern de service pour exister.
Mais le système oblige. Refuser, résister, serait certainement de l'ordre du suicide.
N'empêche, le monde est cul par dessus tête.
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