Les maisons closes sont closes ?

Les maisons closes sont closes ? C’est en tout cas ce que l’on dit.
J’en doute, parce qu’il est évident que la prostitution demeure en bonne place dans les comportements humains.
On a le tort de penser toujours sexe lorsque l’on parle de prostitution, on oublie le versant intellectuel de ce comportement, celui par exemple des idées que l’on jette en pâture dans les espaces « façon trottoir » des plateaux de télévision.
Je m’explique.
Depuis quelque temps, lorsque je tombe sur certaines émissions en vogue sur les écrans de nos nuits insomniaques, j’assiste à ce que je considère être une forme de prostitution moderne. Et qui plus est, la forme lâche de ce comportement.
C’est précisément la forme de prostitution que j’ai le plus de mal à supporter, celle qui n’avoue pas que l’essentiel de ses motivations est un besoin obsessionnel de se faire connaître auprès d’un public avide de nouveautés, peu importe les moyens employés. La voie du scandale étant le plus souvent le chemin le plus court.
Dans le cadre de la prostitution de chaire, il peut arriver que le plaisir s’y mêle, mais c’est exceptionnel et le plus souvent simulé. La question d’argent existe aussi, mais pour sortir d’une misère, par non choix, ultime tentative, juste avant la dernière marche du désespoir. J’imagine tout à fait ce que peut être la misère d’une situation qui conduit une femme à offrir son corps pour de l’argent, seulement de l’argent. Il faut beaucoup de courage pour surmonter les spasmes de rejets violents qu’inspire un tel compromis. Il s’agit le plus souvent pour elles de se sauver, de rejoindre l’apparence de l’ordre de l’autre monde, celui des bourgeois. Réussir, quand les hasards de la naissance vous ont un peu oublié, cela veut dire entrer dans le troupeau, ressembler au beau monde, au point de s’y confondre. Se prostituer permet parfois cela, mais ne brise que rarement la solitude.
Il faut du courage pour mener ces combats désespérés et ces femmes en ont, qui ne détournent pas les yeux quand on les croise…
Elles ne sont jamais indignes, malgré tout.
Non, la prostitution dont je veux parler est indigne celle-là, car elle n’a pas le courage d’afficher ses vraies raisons d’être. Elle est mensonges et hypocrisie. L’affaire se passe sous les sunlights et devant un animateur qui a tous les comportements du proxénète (au sens premier du terme: entremetteur, courtier). Il fait quoiqu'il arrive comme si tout allait bien, comme si tout était supportable, comme si chacun était au-dessus de toute critique, des intouchables. "Naturellement rien ne nous touche puiqu'il est de bon ton de rire de tout".
D’ailleurs tard dans la nuit, on entend les éclats de rire et les applaudissements forcés, pour lesquels un public « dressé » pour la circonstance ne ménage pas ses efforts. Voilà bien encore une autre forme de prostitution que celle de ce public prêt à tout embrasser de sa bonne humeur indestructible. Si je pousse la métaphore, l’animateur en question est très « coq » sur lui. Bien habillé, bien coiffé, « décalvitié » s’il le faut. Le public présent (caution du dispositif) est le plus souvent face à lui. C’est dire que notre « Coq » de service est, ce soir-là, le sujet principal, il ramasse…
Mais le pire dans ce jeu pervers où chacun tente de faire croire qu’il est au-dessus de ces compromissions intellectuelles, ce sont justement ces « Personnages » venus vendre leur âme en acceptant de faire les clowns tristes qu’on leur demande d’être.
Jusqu’à ce qu’ils apparaissent dans ces lieux de perdition, nous avions le plus souvent une idée d’eux très respectueuse. Ils avaient le talent d’écrire, ou celui de remplir des fonctions difficiles du monde politique, ou même d’appartenir au monde très fermé des grands interprètes musicaux etc… Et patatras, les voilà sans pudeur, jouant à des jeux sales, acceptant les pires provocations, ne réagissant pas aux injures (provocatrices) proférées, donnant définitivement à nos yeux et à nos oreilles ébahis une image de lâcheté insupportable. Là où ils devraient se révolter, briser là toute suite possible à la mascarade, ils ne bronchent surtout pas, trop inquiet de perdre l’acquit d’une audience et donc d’un marché assuré.
Ces comportements qui vont tout à fait à l’inverse du rôle éducatif et culturel de la télévision, particulièrement sur notre jeunesse, me font penser que la « Pornographie » (au sens de production obscène) ne s’en tient pas, comme on le croit peut-être, aux territoires payant et volontaires du paysage télévisuel, mais qu’elle s’infiltre de plus en plus souvent dans des espaces grand public.

Non décidément, toutes les maisons closes ne le sont pas, et certains soirs, l’entrée douteuse de l’une d’elles se trouve être l’écran rougeoyant de ma télévision.

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