Tv: la rentrée ou la Démesure...
L’été télévisuel ressemblait aux désolations des théâtres fermés pour cause de travaux… La rentrée d'automne se voudrait monumentale et joyeuse. C'est raté!Sur toutes les chaînes les espaces scéniques, hier à échelle humaine, sont aujourd’hui devenus monstrueux, pharaoniques, mégalomaniaques, déshumanisés.
Finis les tête-à-tête où l’on pouvait lire au fond des regards et imaginer les pensées avant qu’elles surgissent !
Il n’est qu’à voir ou apercevoir, les espaces démesurés des journaux télévisés de TF1 ou de France 2 (qui voudrait bien ne plus faire « service public » et ressembler le plus possible à sa concurrente privée et pas très loyale). Comme par hasard c’est le bleu qui prédomine pour l’une et l’autre chaîne. On y trouve aussi les mêmes fausses fenêtres électroniques, pour entrer et sortir des sujets, vers lesquelles se tournent les journalistes comédiens (attention aux calvities !)… Malgré l’immensité (ou à cause de l’immensité), pas de place pour l’humain. En revanche, place au pompeux, au majestueux, aux petits Versailles de plastiques façon or et argent, clinquants et rutilants, il n’y manque que l’odeur des peintures fraîches. Mais sur ce détail essentiel de la chose vivante, la télévision n’est pas prête techniquement de retransmettre les odeurs. D’ailleurs ça ne sentirait pas souvent le supportable.
Transportés dans ces décors, façon salle de réception d'un dictateur fou, on hésite entre le palais futuriste et un vaisseau spatial (inspiré par un feuilleton américain recolorié) déjà démodé, par les technologies frappe à l'œil de demain, avant d’avoir existé.
Bref je suis très étonné par cette erreur collective de démesure.
Ce besoin de grandeur et de magnificence est manifestement le signe, comme tout ce qui fait la télévision, d’un état social en mutation. Je ne suis pas analyste, mais je louvoie entre les "raisons sociales" de cette débauche de dépenses « tape-à-l'œil ». Les choses du monde iraient-elles mieux ? Ou bien est-ce au contraire une volonté de faire croire à une embellie qui tarde ?
Franchement, il faut perdre un peu conscience des réalités pour ne pas rougir de s’asseoir dans un décor de journal télévisé aujourd’hui. On ne peut pas être plus éloigné des gens auxquels on s’adresse que sur ces trônes électroniques. Les cravates aux couleurs criardes, choisies par je ne sais quelle styliste obscure, attirent l’œil et nous détournent par instant des images effrayantes d’un jour ordinaire.Mais cette mégalomanie dépasse de beaucoup les temples de l’information.
Je trouve que la « Star académie » par exemple, a fait la même erreur. Sous prétexte que TF1 a des moyens que les autres n'ont pas (ce qui leur donne ce mauvais goût des nouveaux riches), l’argent coule à flot dans de nouveaux studios aux espaces démesurés qui éloignent les êtres et rend très difficile l’expression de toute émotion. C’était pourtant l’un des moteurs essentiels de cette émission si décriée. Je la défendais pour cette raison, l’une des rares émissions où l’on pouvait verser une larme parce qu’un jeune au talent naissant, réussissait tout à coup à atteindre une seconde magique de vérité et de sincérité. À présent, il faudrait un télescope pour atteindre le fond des âmes. Grue, travelling incessants comme la marche agacée d’un fauve privé de liberté, autres grues survolant l’expression d’un immense public « bête humaine », mais pas de regards individuels autrement qu’orchestrés par des chauffeurs de salle dont on peut apercevoir de temps à autre les efforts bien payés. Un orchestre immense et impalpable, dispersé, perdu… et pourtant c’est si beau un orchestre sur un plateau de télévision (surtout lorsqu’il joue en direct comme c’est le cas). Frissons garantis, mais il faut pouvoir l’approcher. Les caméras essaient désespérément de recoler les morceaux de ce puzzle explosé, mais en vain. La lumière termine le travail de dispersion par un arrosage clignotant définitivement surexposé, qui finit de dissoudre dans une laitance sanguinolente le peu qui restait à voir.
La télévision n’a pas été inventée pour ça.
N’oublions pas la boîte du début, au format nécessaire et suffisant pour contenir le visage du vis-à-vis d’un soir.
Autres démesures, Drucker, Ruquier et les autres … et le bleu partout, par peur de se distinguer, froideur générale.
Je crains un réveil « audimétrique » très décevant.

La distinction (dans tous les sens du terme) fait manifestement très peur aujourd’hui aux marchands de la télévision.
VOIR AILLEURS !
NB: À propos de la silhouette du journal de TF1. Je le connais un peu ayant longtemps travaillé avec lui. Je le respecte tout à fait et conserve à son égard une affection très sincère.
Commentaires