Résolutions des soirs d'été...

L’été a une vertu, en plus de celles des douceurs du soir, celle de nous permettre les bonnes résolutions des recommencements.
On se dit un matin meilleur que les autres: "aujourd’hui j’arrête de fumer, ou demain je ne bois plus que de l’eau, ou après-demain j’attaque la lecture de la recherche du temps perdu… ou..."
C’est un peu comme les crises de foie qui nous aident à arrêter de boire le whisky de trop, ou la grippe qui nous fait oublier quelques jours le paquet de cigarettes dans une poche inaccessible.
L’été et ses belles soirées chaudes aux crépuscules tardifs, nous retient dans les jardins, sur les balcons, ou avec les copains aux terrasses des cafés, et la télé est soudain tout à fait oubliée.
"C’est incroyable, aujourd’hui on a oublié la télé". On avait autre chose à faire, pas le temps !
Qui aurait pu imaginer ça ? Il faut dire que les marionnettistes de la télévision avaient eux-mêmes un peu pris les devants. Les personnages phares de nos insomnies stériles sont en vacances et nous ont abandonné aux rediffusions délavées et sans goût à force de remâchées (pour changer un peu).
Mais tout de même, passer une journée, puis une autre, sans qu’un instant l’idée nous vienne de nous abandonner au robinet électronique?
Lorsqu’on en prend soudain conscience, l’effet est à la mesure d’une sorte de constat d’envoûtement que l’on aurait pas senti venir…
En fait, notre "temps récupéré" a servi à autre chose. Ce Temps, pourtant toujours le même, de vingt-quatre heures la journée. C’est que nous en avons fait des choses durant cet espace de libertés rendues! Des utiles et des inutiles, mais tellement agréables et finalement si enrichissantes.
Nous avons contemplé la nuit bleue prendre le dessus sur le ciel rose d’une journée chaude. Les hirondelles ont, lors d’une dernière farandole joyeuse, à leur tour laissé la place aux chauves-souris. Et nous avons parlé, dans la nuit bruissante, nous avons refait le monde, une fois de plus, mais ça fait tant de bien. Et puis tard aux premières heures du jour nouveau il a fallu aller dormir… Et la télé, oubliée, éteinte, presque morte.

Le lendemain la même chose. C’est qu’on prend vite l’habitude de ces petits rendez-vous répétitifs, où chaque chose reprend sa place au même instant, le jour et les jours suivants. On a bien une sensation, tout à fait fausse bien sûr, de ne plus savoir ce qu’il se passe dans le monde, mais tant pis et même tant mieux, l’important ces jours-là c’est ce qui se passe à nos pieds.
Le reste on ne veut plus qu’on nous le dise, on préfère l’inventer.
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