Il y a voyage et voyage…
Dès que l’on s’éloigne quelque peu de ses racines, les horizons fascinent, les regards croisés nous disent des mots aimables.On ne se connaît pas encore, mais on s’intéresse déjà l’un à l’autre. Quelque chose de chaleureux coule entre les êtres. Jusque-la j’ai toujours voyagé pour des raisons professionnelles. Echanges assurés, entre deux cultures confrontées par un enjeu professionnel à résoudre.
L’urgence d’un risque professionnel partagé solidarise les hommes au-delà des langues. Des voyages de vacances, je n’ai rapporté que des cartes postales et puis j’ai oublié.
De mes détours professionnels aux quatre coins du monde, j’ai rangé dans ma mémoire sentimentale des pages exceptionnelles. J’ai toujours été plus sensible aux gens et à leur façon de vivre ou de penser, qu’aux paysages et aux grands espaces. L’intimité de la pensée dans les cultures me fascine. En gros les jours commencent et finissent pour tout le monde de la même façon, les grands sentiments sont ressentis par tous, que l’on soit jaune, noir ou blanc. Ce sont les petites différences dans nos façons de vivre les détails de nos vies qui font la richesse de ces cultures. La pudeur, le sens d’un sourire, le respect pour les anciens, la solidarité au sein du groupe, être garçon, être fille… Autant de questions qui appellent mille réponses.
L’humanité est faite d’un binôme minimal : l’homme et la femme. Après, ce sont les nuances infinies d’une marche en avant rythmée par le temps qui s’égrène et nous échappe, sans que nous ne puissions jamais le retenir. J’aime chercher à lire dans les regards croisés ces mille nuances intimes, qui composent si joliment chacun des êtres. Il faudrait rester plus longtemps, essayer de se lire plus profondément, mais déjà il faut poursuivre notre route, non sans ressentir au fond de soi un petit arrachement, quelque chose se brise à peine essaimé.J’ai ressenti cela aussi bien, au Burkina Faso, en Russie, en Roumanie, au Mali, au Canada, au Portugal et lors de bien d’autres voyages.
Mon dernier saut dans une culture du monde fut à Pékin.
L’âge et le moment firent que ce voyage n’était plus dicté par le travail, mais par une curiosité pour mes contemporains lointains. Pourtant, j’y ai mis l’énergie d’un travail d’antan. Marcher du matin jusqu’au soir, observer les détails infimes d’une immensité hors de nos normes. Tout ici est à une échelle inconnue pour nos mémoires de gaulois trop conservateurs. L’Histoire avait déjà prévu grand, quand tout tournait autour d’un seul, l’Empereur. Puis la révolution et le grand Timonier ont empli les espaces de la même manière.
Aujourd’hui c’est la foule Chinoise, en plein apprentissage de libertés, heureuse d’être, qui défile et croise nos regards avec une fierté joyeuse que l’on soit jeune ou vieux.J’ai beaucoup d’affection pour ce peuple, si réconfortant par son allant et son appétit de vie. Un peuple qui écrit avec enthousiasme de nouvelles pages fondamentales de sa grande Histoire.
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