Retour de L'Empire du Milieu

Pour la deuxième fois en deux ans, nous sommes allés mesurer les réalités d’un peuple immense, à l’autre bout du monde. La Chine et son milliard et demi d’individus.
Je ne reviens pas en sachant définitivement qu’en penser, je reviens impressionné comme la pellicule d’un film le serait par l’ombre et la lumière. Décidément, il se dégage là-bas, de l’autre côté de la Grande Muraille, une jeunesse de tous les âges, que l’on soit enfant ou vieillard, celle de l’enthousiasme et des regards sereins. J’ai douté parfois de la profondeur exacte de ces sourires affichés partout sur les visages au travail, ou en promenade. J’ai pensé : « Ce sont tous des commerçants et ces sourires sont commerciaux ». Et après ! Le travail est bien fait, l’amabilité est de mise jusqu’au bout des négociations, pourtant âpres, comme il se doit. L'important est de vendre et donc de produire, de fabriquer… N’est-ce pas là le fondement de toute société ?
L’échange est avant tout commercial certes, mais qui dit échange, dit aussi écoute, tolérance, souplesse, parole donnée, et bien sûr compromis. L’artisan villageois, comme l’industriel des grandes cités, doivent écouler leur production quelle qu'en soit l’échelle. Ici, sur notre petite terre de la grande France, le plaisir de cet échange a laissé, depuis belle lurette, la place aux rancunes des gens frustrés. On voudrait plus et plus encore, s’enrichir, aux dépens des autres, ne pas trop partager ce que l’on a acquit tout au long de nos vies sans vague. Là-bas cela viendra probablement, mais globalement on n’en est pas là. La sortie du tunnel n’est pas encore assez lointaine pour oublier les jours sombres. Alors quand le jour se lève sur un Pékin mi-soleil mi-pollution, que l’on soit de ceux qui habitent les clapiers des tours modernes, ou de ceux plus modestes vivants encore la vie des siècles passés, dans le dédale des Hutongs cernés par le progrès galopant, on apprécie ce jour qui commence comme un cadeau, une bonne surprise. Au file de mes longues marches, j’ai cherché sur ces visages les traces d’une tristesse intérieure, d’une préoccupation intime, je n’en ai pas lus les signes distincts. Nous ne savons pas lire les partitions de ces visages qui pensent à coup d’idéogrammes…
Nous devons rester très prudents lors de nos voyages, sur cette traduction simultanée que nous pensons savoir mener à la lecture des visages croisés, qui nous mène malgrè nous vers des idées, le plus souvent superficielles et fausses. Le sourire chinois a-t-il le sens d’un bonheur ressenti, ou bien au contraire, l’expression d’un rien qui recouvrerait de sa couche aimable les pensées sombres et universelles de l’intérieur?Les voilà les ombres et les lumières qui ont impressionné ma mémoire au cours de ce voyage, ces contradictions autour d’un sourire qui me faisait pourtant beaucoup de bien.
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