Chauds et froids du petit écran?


Tous les soirs ou presque, lorsque le journal télévisé a définitivement tiré le rideau sur les réalités tragiques du monde, et que chacun retourne à sa vie, avec la douce illusion que rien de grave n’arrivera plus jusqu’au lendemain.

Commence alors la soirée récréative. Bien sûr il faut patienter encore un peu, le temps du grand déversement des égouts publicitaires. Il faut y passer paraît-il, alors passons-y. Chacun profite de ce temps sans histoire pour vaguer aux dernières occupations ménagères, vaisselles, retape des coussins, préparation d’un petit café, enfin une sorte de cérémonial des gens paresseux, une chorégraphie sans effort. Et puis, il faut absolument oublier toutes ces mauvaises nouvelles qui ont un instant dérangé notre tranquille existence.

Le signal sonore d’un générique riche de promesses, nous précipite dans le fauteuil du soir.
Il faut noter ici qu’à cet instant, la télévision cesse d’être télé pour devenir cinoche, fin de la parenthèse (je reviendrai à cette idée fondamentale).
Alors que nous découvrons le titre de la séance qui commence, notre attention est immédiatement attirée par l’apparition d’un petit chiffre dans le coin droit de l’écran : -10. Brrr… il va faire froid ce soir ! Et encore il y a pire, parfois on nous annonce- 12 et plus rarement –16, mais alors là c’est un froid très saisissant qui nous est promis.

Soyons sérieux, je sais qu’il ne s’agit pas de cela, mais d’une trace visible de l’attention que porte le CSA sur la moralité de nos petits écrans. Le CSA, instrument de vigilance créé par l’état, veille à ce que nos enfants ne soient pas heurtés par surprise par une image, ou une idée, qui pourrait atteindre leur santé morale. Et du même coup ils aident leurs parents à garder bonne conscience. La chose étant faite, les différentes productions de ces images interdites aux moins de dix ans (douze et seize ans) pourront produire les revenus espérés, puisqu’au pire, cet avertissement pour une probable image sulfureuse, va attirer plus de monde encore que si on n’en avait rien dit.

Hypocrisie… Chacun est informé, donc on ne peut plus se retourner contre les diffuseurs. L’état a prévenu, chacun est libre de suivre ou de ne pas suivre le conseil. Quel bel instrument que cette démocratie ! Mais tout ce petit monde n’a créé ces lois et ces barrières, qu’en réaction à ses propres perversions. Il y a bien longtemps qu’il a oublié ce que sont les réalités de l’innocence. L’enfant lui sait encore faire la différence entre la réalité et la fiction, et surtout il sait beaucoup plus tôt que ses parents ce qu’il pense de tout ça.

Enfin je voudrais laisser cette fois parler ma colère, sans plus du tout l’envie de rire, et dire que ces -10 ou –12 me semblent apposés sur des films sans grands dangers pour un enfant à l’esprit vif et à qui on ne la fait pas, alors que quelques minutes avant, on lui a déversé un journal télévisé et son lot d’images toutes plus horribles et indécentes les une que les autres, sans que le CSA n’ait jugé bon de prévenir la famille qu’il y avait là matière à traumatismes graves pour ces mêmes enfants. Comme si la « télévision » contrôlait ce qu’elle avait à dire et que le cinéma avait les intentions les plus coupables. C’est justement du contraire qu’il faudrait protéger la population. Le cinéma est un art. L’art, il faut apprendre à le lire, se cultiver pour le comprendre et s’en inspirer. La télévision c'est autre chose, de beaucoup plus incertain, plus mouvant, extrêmement machiavélique sous couvert d’une fenêtre ouverte sur les réalités cruelles de notre univers. Ce devrait être un service (éducatif, informatif, distrayant), ça ne sert que les intérêts de quelques marchands. Là aussi il faudrait apprendre à lire, mais pour se défendre de ces pénétrations dangereuses et sournoises de notre inconscient. Le regard dit «du réel » de la télévision, il faudrait apprendre à s’en défendre, déjouer les manipulations, discerner les pouvoirs souterrains, contester les contrevérités, répondre aux provocations, demander des comptes, ne pas admirer cet univers sans classe.
Avoir son propre avis ! Sa propre pensée, pas celle d’un troupeau de décervelés.

Je me suis fâché un instant, il y a de quoi, non?

Je ne généralise pas pour autant, il y a parmi ces cendres des instants inoubliables et des grâces offertes par une sorte de hasard sur nos chemins égarés. C’est tellement rare que cela finit par avoir dans nos mémoires la force des traumatismes. Je parle d’empreinte, pas de douleurs.

Enfin j’aimerai proposer au CSA une autre petite idée.
Les enfants ne sont pas les seuls dont il faut ménager la sensibilité, les anciens comme moi sont vulnérables à ces images de désolation et d’injustice que l’on nous donne à voir quotidiennement. Je vous suggère donc de joindre au –10 un:
–60.
Ainsi, les grands-pères et leurs petits enfants, pourront-ils partir la main dans la main vers des horizons plus souriants, sans que l’un ou l’autre ne se fasse prier, piégé par une tentation pauvrette de badaud…

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Commentaires

Anonyme a dit…
Si cela t'a fait du bien de l'écrire, alors sache que cela m'a fait du bien de le lire...
Pleinement confronté à ce que tu décris avec une fille de 6 ans et un fils de 10 ans..
Et pleinement d'accord avec toi sur l'ensemble du "fond du problème".
Je fais suivre à quelques "bons esprits"...
Bien amicalement

Phil. COLSON

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